Ce matin, la presse s’est enflammée. Chris Froome (Sky), quadruple vainqueur du Tour, a subi un contrôle anormal au salbutamol, médicament pour l’asthme, sur la dernière Vuelta. Ce contrôle laisse beaucoup de questions sans réponses. Et maintenant, on fait quoi ?

La planète cyclisme est en ébullition depuis plusieurs heures. Chris Froome a subi un contrôle anormal (et non positif), au salbutamol. Le produit n’est plus soumis aux AUT (Autorisation à Usage Thérapeutique) depuis 2010, mais sa prise est réglementée. La dose autorisée ne doit pas dépasser 1000 nanogrammes par millilitre d’urine. La dose équivaut à seize bouffées de Ventoline. Chez Froome, la dose décelée est de 2000 ng/mL d’urine, au moment de la prise. Si la dose paraît démesurée, l’enquête n’est pour le moment qu’au début. L’accusé pourrait parfaitement être innocenté… à trois conditions. Chris Froome et la Sky devront répondre devant le TAS (Tribunal Arbitral du Sport), pour justifier qu’il a consommé ce produit dans la dose maximale autorisée. Dans un second temps, ils devront prouver que le médicament a bien été inhalé. Pris d’une autre manière, celui-ci est catégoriquement interdit, pour ses effets dopants. Puis, ils devront expliquer les facteurs responsables du dépassement, à l’aide d’une étude pharmacocinétique (étude des effets des médicaments sur l’organisme). L’équipe anglo-saxonne a déjà commencé à se justifier dans un communiqué. La veille, le Britannique lâche 40 secondes à Nibali, en évoquant la croissance des symptômes d’asthme. Ils expliquent que mélanger à certains aliments, médicaments, ou avec la déshydratation, la dose a pu exploser.

Des cas similaires

En 2007, Alessandro Petacchi avait été contrôlé avec 1350ng/mL. En revanche, le produit était soumis aux AUT à l’époque. Ainsi, le jugement était clair. Transgresser l’autorisation engendrait une sanction. L’Italien a été suspendu un an. Plus récemment, Diego Ulissi, à l’occasion du Giro 2014. La dose de l’Italien s’élevait à 1900ng/mL. Soit une dose proche de celle de Chris Froome. Alors double vainqueur d’étape, et bien qu’il avait prévenu son équipe de la prise de Ventoline, Ulissi avait subi une sanction de neuf mois. Enfin, en 2016, Simon Yates a lui aussi été sanctionné. En revanche, le cas est différent, puisque le produit n’était pas le même (Terbutaline), et lui était soumis à une AUT. De plus, son équipe avait reconnu être totalement responsable. En effet, Orica-GreenEDGE avait oublié de demander l’AUT pour utiliser le produit. Le souci, c’est qu’au fil des années les règlements varient. En plus des AUT, les produits réglementés, les doses autorisées… Ne devrait-on pas mélanger tout ça, et tout jeter à la poubelle ? En bref, avoir un cyclisme uniquement à la pédale, qui proscrit tous les médicaments ?

Et maintenant ?

La suite pour Froome et son équipe est claire. Ils se doivent de préparer leur défense. Heureusement, l’intersaison leur permet de ne donner de la tête qu’à cette histoire, bien qu’on imagine la préparation des coureurs légèrement perturbée. Pour le moment, les sanctions sont de l’ordre de l’hypothèse. Peut-être que le Britannique saura justifier cette dose de salbutamol. Si ce n’est pas le cas, on peut attendre une sanction de plusieurs mois. Cela couterait aussi la Vuelta 2017 au « Kenyan blanc ». Ainsi, Vincenzo Nibali récupèrerait le titre. D’ailleurs, l’Italien a lâché une petite bombe contre le leader de la Sky. Pour Tuttobiciweb, le Requin de Messine explique : « Ces jours-là il pleuvait en Espagne. C’est difficile de croire qu’il souffrait d’asthme. J’ai les mêmes problèmes, mais quand il pleut, le pollen ne me dérange pas. Je n’ai même pas besoin de Ventoline». Pourtant, cette version n’est pas incohérente avec la justification de la Sky, car celle-ci a évoqué des symptômes en troisième semaine, alors que la météo n’était pas si terrible. Pour David Lappartient, récemment élu à la tête de l’UCI, cette première grosse affaire fait office de test. Sanctionné, pas sanctionné ? Combien de temps si c’est le cas ? Mais avec le temps du jugement, les appels si sanction il y a, Chris Froome pourrait malgré tout courir dès début 2018 et tenter son doublé Giro-Tour.

En tout cas, cette histoire aura au moins le mérite de relancer le débat sur plusieurs questions. Le règlement laisse des failles. N’importe quel coureur mal intentionné peut jouer avec les règles, sans les transgresser. Alors si on veut éviter ce genre de polémiques, il serait temps de clarifier les choses. Supprimer les AUT serait déjà un premier geste fort. Après tout, un coureur malade, ou qui souffre d’asthme en troisième semaine, c’est ça le sport, non ?

Crédit photos : Le Télégramme, CyclingWeekly, Le Parisien

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