Résultats décevants, changement de sélectionneur, un vivier qui s’appauvrit et un championnat qui écrase son équipe nationale. Le XV de France navigue en eaux troubles et traverse une véritable zone de turbulence à seulement deux ans de la Coupe du Monde. Un constat qui inquiète.

@L’Equipe/A.Mounic

Comme annoncé par plusieurs médias ces derniers jours, Bernard Laporte a prononcé la sentence mercredi vers les 12 coups de midi au siège de la fédération : « Guy (Novès) n’était plus l’homme de la situation » a t-il simplement justifié. Le renvoi du sélectionneur du XV de France est une première en cours de mandat. Les trois derniers sélectionneurs avaient pu aller au bout de leur contrat et disputer une Coupe du Monde : Bernard Laporte (déjà lui !) entre 1999 et 2007, Marc Lièvremont (2007-2011) et Philippe Saint-André (2011-2015) avec des réussites diverses et variées.

Guy Novès paye un bilan très négatif avec seulement 7 victoires en 25 rencontres, un match nul et 15 défaites. Malgré un tournoi des 6 Nations plutôt positif (3e) avec une dernière victoire historique arrachée en prolongations face au Pays de Galles, l’année 2017 a été particulièrement éprouvante pour les Bleus. La tournée de juin en Afrique du Sud s’est transformée en cauchemar avec trois défaites d’affilée face aux Springboks (37-14 ; 37-15 ; 35-12) puis s’est enchaînée par une nouvelle tournée d’automne sans succès (deux défaites face aux All Blacks, une autre à nouveau contre l’Afrique du Sud et un match nul face au… Japon !). L’affront de trop pour Bernard Laporte qui a choisi d’évincer l’ancien coach toulousain au profit de Jacques Brunel.

Une remise en question nécessaire

@RCT

Si les résultats sportifs sont le principal motif du limogeage de Guy Novès, la relation entre les deux hommes forts du rugby français n’a jamais vraiment été au beau fixe. Dirigé par un président qu’il ne l’a pas nommé (Novès avait été choisi par la précédente présidence de Pierre Camou avant l’arrivée de Laporte à la tête de la FFR en décembre 2016), l’entraîneur français le plus titré a semblé guider l’équipe de France avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ces derniers mois. Cette sensation d’être en sursis permanent n’a sûrement pas aidé à la stabilité du groupe. Bien qu’il ait répété que Novès irait jusqu’à la Coupe du Monde 2019, Bernard Laporte avait lancé une sorte d’ultimatum en juin dernier en fixant un objectif de 3 victoires en 4 matchs pour la tournée de novembre. Déjà à l’époque où Laporte était à la tête du XV de France et Novès à Toulouse, les deux entraîneurs s’opposaient car une majorité des Bleus provenaient du Stade Toulousain et devenaient donc un objet de litige lorsqu’il y avait des blessés.

La famille du rugby français n’a pas tardé à réagir à l’annonce. Pour la plupart, il s’agit plus d’un problème de joueurs que d’entraîneur. Le manque de talent dans la génération actuelle est régulièrement pointé du doigt. Un creux qui résulte peut-être de l’afflux de joueurs étrangers dans le Top 14 empêchant les jeunes sortis du centre de formation de progresser dans leurs équipes respectives. L’organisation de la Coupe du Monde 2007 en France aurait dû « booster » le ballon ovale dans l’Hexagone et notamment son équipe nationale. Il n’en a rien été ou presque. La finale du Mondial 2011 perdue d’un point face à la Nouvelle-Zélande, au terme d’un parcours chaotique, n’était qu’un trompe l’œil. Les dirigeants des clubs français ont profité de la nouvelle manne financière (recettes de 2007, hausse des droits TV) pour faire venir des stars de l’hémisphère Sud en assumant leurs salaires élevés. Une politique qui a popularisé le rugby dans l’hexagone et dans le monde entier, le Top 14 étant considéré aujourd’hui par certains observateurs comme le meilleur championnat du monde. Sauf que, comme expliqué plus haut, l’équipe de France en a pâtit considérablement et a aujourd’hui dû mal à reproduire une génération aussi dorée que les précédentes. Ironie de l’histoire, c’est en grande partie le RC Toulon qui a participé à cette venue des étoiles du Sud (Tana Umaga, Bakkies Botha, Matt Gitteau, Bryan Habana, Chris Masoe, Ma’a Nonu…) dirigé par Mourad Boudjellal et entraîné pendant six ans par… Bernard Laporte ! L’actuel président de la Fédération Française de Rugby (FFR) se retrouve donc aujourd’hui confronté à une situation qu’il a lui même engendrée. Le comble ! Une hypocrisie dont se sont bien gardés, pour l’instant, de dénoncer les présidents des clubs français trop occupés à défendre leurs intérêts en opposition avec ceux du XV de France.

Le programme s’annonce rude !

@La Provence

Devant un tel bourbier, Bernard Laporte a choisi de faire confiance à son ancien adjoint lorsqu’il était sélectionneur : Jacques Brunel. Après sa collaboration avec Laporte, le natif du Gers a dirigé l’USAP de Perpignan avec à la clé un titre de champion de France en 2009 puis la sélection italienne entre 2011 et 2016 avec des hauts et des bas. En charge des avants la saison dernière, il est devenu manager de Bordeaux-Bègles cet été. L’équipe girondine pointe actuellement à la 8e place du classement. C’est donc un chantier immense qui s’annonce pour Brunel qui prendra ses nouvelles fonctions lors du Tournoi 2018 avec notamment trois matchs à domicile (contrairement aux années impaires) avant la tournée d’été où les Bleus se rendront en Nouvelle-Zélande pour disputer trois test-matchs face aux All Blacks, quasi-imbattables depuis 2 ans.

Un timing serré pour les Bleus qu’il faudra bien négocier afin de se préparer idéalement pour le Mondial 2019 organisé au Japon. Les Tricolores sont d’ailleurs tombés dans le groupe de la mort avec notamment l’Angleterre et l’Argentine dans sa poule. Certains spécialistes annoncent déjà une élimination au 1er tour (ce qui serait une première) et préconisent de penser à 2023 où la Coupe du Monde se disputera en… France. À suivre…


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