Après avoir connu des décennies de gloires et de succès en Italie mais surtout à l’échelle continentale, le Milan AC occupe aujourd’hui une bien triste 10ème place en championnat. Comment ce club, septuple vainqueur de la Ligue des Champions, a pu en arriver là, en si peu de temps ? Explication d’une déchéance annoncée.

  1. 2007, Le début de la fin

23 mai 2007  sous les coups de 22h40, Milan, alors entraîné par Carlo Ancelotti s’impose en finale de la Ligue des champions et prend sa revanche contre Liverpool. A l’époque, c’est Pippo Inzaghi – aujourd’hui entraineur du club lombard – qui avait permis aux siens de l’emporter en inscrivant un doublé. Ce succès restera comme une vraie satisfaction pour les tifosi (« supporters » en italien) rossoneri (les « rouges et noirs », en référence aux couleurs du maillot) après la débâcle dont tout le monde se souvient, survenue 2 ans plus tôt face à ce même adversaire, toujours en finale de la Ligue des Champions. Mais pourtant, cette 7ème coupe aux grandes oreilles restera comme la fin d’un cycle victorieux du club et le début d’une nouvelle ère bien plus fade.

Ce titre sera le dernier de la glorieuse époque du Milan et de ses joueurs comme Maldini, Costacurta, Gattuso, Ambrosini, Seedorf, Nesta, Serginho, Pirlo et d’autres qui ont construit la légende du Milan . En effet, à partir de la saison 2007-2008, le club va connaître, et ce durant chaque saison, le départ d’une ou plusieurs de ses bandiera (« légende du club » en italien). Le problème, c’est que les dirigeants n’ont pas su anticiper le départ de ces grands champions, à quelques exceptions près. Voilà ici, la première grosse erreur de gestion de la part du club. A la fin de la saison 2006-2007 Costacurta et le premier de ceux là, à prendre sa retraite. L’année suivante, Cafu, Serginho et Simic entre autres, suivront. La saison 2009 – 2010 fut un véritable tournant pour le club, pour plusieurs raisons. D’abord, puisqu’à l’aube de celle-ci, LA Légende rossonera, Paolo Maldini, fit ses adieux au club de sa vie, tout comme Kakà, qui lui rejoindra le Real Madrid. Exit également Carlo Anceotti. L’entraineur emblématique de ses glorieuses années s’en va et et file rejoindre Londres pour y entraîner Chelsea. Quand à Silvio Berlusconi, président du club, il annonce que désormais le Milan rentrera dans une politique d’austérité en vu du fair-play financier ; comprenez là qu’il ne crachera plus autant de sous qu’auparavant.

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 Dernier match de Maldini à San Siro, une partie du stade le siffle, Paolo le leur rend bien…

  1. 2007-2011 L’entrée dans une nouvelle ère.

A l’aube  du début de la saison 2009-2010, le chantier est donc assez immense. Pas de Maldini, pas de Kakà, pas d’Ancelotti, beaucoup moins d’argent. Il va falloir reconstruire. Berlusconi nomme Leonardo – alors directeur technique du club et responsable du mercato milanais –  à la tête de l’équipe. Le brésilien est encore un novice du métier d’entraîneur. Le pari est osé. Maldini parti, c’est un jeune brésilien qui est chargé de le faire oublier, un certain Thiago Silva que Leonardo avait lui-même fait venir au Milan six mois plus tôt. Suite au départ de Kàkà, les clés du jeu sont désormais confiées à Ronaldinho. Milan fini alors la saison à une encourageante troisième place. Pratiquant un football très (voir même parfois trop) offensif, le Milan version Leonardo est plutôt séduisant. Mais cette saison voit surtout l’éclosion d’un joyau nommé Thiago Silva qui arrive à combler, en grande partie,  l’énorme vide laissé par Maldini.

Mais alors que la reconstruction semble se dérouler plutôt correctement,  la mauvaise entente entre le patron Berluconi et Leonardo va coûter au brésilien sa place d‘entraîneur dès la fin de cette saison. Andriano Galliani (le bras droit de Berlusconi) se charge alors de trouver son successeur et  jette son dévolu sur Massimiliano Allegri, jeune entraîneur italien et ancien coach de Cagliari. Berlusconi décide également de ré-injecter un peu d’argent dans le mercato du club avec pour objectif de construire une équipe capable de jouer le titre dans un championnat italien sans cadors (l’Inter se fatigue, la Juve se reconstruit, la Roma toujours aussi irrégulière et le Napoli encore trop frêle). Galliani, charger de la gestion du mercato depuis le départ de Leonardo, se met en action et fait signer de gros noms du football mondial avec en tête de gondole le recrutement de la star suédoise, Zlatan Ibrahimovic, en provenance de Barcelone. Sont également recrutés : Robinho, Boateng, Van Bommel ainsi que Cassano lors du mercato hivernal. Ce recrutement permettra à Milan d’être rapidement compétitif sur le plan national. A l’issue de la saison 2010-2011 Milan remporte son 18ème Scudetto, grâce notamment à deux piliers de cette équipe : Ibrahimovic et Thiago Silva.

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 18ème titre de champion d’Italie pour Milan

Mais ce Scudetto est en réalité l’arbre qui cache la forêt. L’achat de joueurs comme Ibrahimovic, Robinho, Van Bommel et Cassano – plus proche de la fin que du début de leurs carrières – a certes permis d’être rapidement compétitif, mais ne permet pas de voir l’avenir sereinement. L’achat de joueurs d’avenir est oublié, la formation de jeunes joueurs est bâclée et l’argent est mal géré, la faute notamment à des salaires très élevés (Ibra et ses 9 millions d’euros par an, Robinho 6M/an, Van Bommel 3,5M/an etc.) pour des joueurs âgés. Et cela va très vite se faire ressentir sur les finances du club et donc, forcément, sur la gestion des futurs mercato. Mais soit, Milan est champion et ça suffit au bonheur des dirigeants.

La saison suivante, le titre et la qualification en Ligue des champions ont permis au Milan de garder des joueurs comme Ibrahimovic, Thiago Silva et Pato notamment. Mais en contrepartie, l’achat de joueurs devient difficile financièrement parlant pour le club. C’est là que Galliani lance l’opération « paramètre O » ; comprenez là « j’entre en contact avec des joueurs en fin de contrat auxquels je promets de gros salaire histoire de satisfaire les deux camps ». Les premières victimes de cette nouvelle mode « made in Milan » sont Mexès, récupéré à la fin de son contrat avec la Roma et promis à un salaire de  4 millions et  Taïwo qui arrive gratuitement de l’Olympique de Marseillle. Suivront ensuite Bakaye Traoré en fin de contrat à Nancy, Montolivo (Fiorentina), Birsa (Chievo Verone), Kakà (Real Madrid), Menez (PSG) … A côté de ça, Milan dépense beaucoup pour des joueurs au rendement très faible (Zapata 8 millions,  Matri 12 millions, Vergara 2 millions…) et continue de ne pas investir réellement dans le secteur des jeunes. La direction gère très maladroitement les finances du club et la saison 2011-2012 va définitivement mettre la tête  du Milan sous l’eau.

  1. 2011-2014, les contrecoups d’une mauvaise gestion.

Allegri est toujours en fonction après avoir emmener l’équipe sur le toit de l’Italie l’année précédente. L’équipe ne change que très peu, les stars sont la. Milan est annoncé favori par les médias pour le titre. Sauf que pendant que le Milan recrute des joueurs libre et s’entête à surpayer de vieilles vedettes, la Juventus réalise un mercato d’une très grande intelligence en recrutant de jeunes joueurs prometteurs (Vidal, Pogba), des joueurs de bon niveau et réguliers dans leurs performances (Lischteiner, Vucinic, Asamoah, Caceres, Quagliarella..) ainsi que de vieux briscards en recherche de nouveau/dernier challenge (Pirlo en provenance du Milan et Barzagli). Bref, tout ce que n’a pas su faire le Milan durant ces dernières années. En plus de cela, la Juve devient propriétaire unique de son nouveau stade, le Juventus Stadium.

La tactique paye puisque la Juventus finit championne d’Italie devant le Milan, dans une lutte pour le titre aussi acharnée qu’indécise. Milan n’avait pourtant pas fait une mauvaise saison ; Quart de finaliste malheureux face au Barça en Ligue des Champions, Milan a ensuite laissé échapper le titre sur des détails. On se souviendra notamment du but refusé à Muntari, pourtant parfaitement valable, lors du match crucial face à la Juventus. Une rencontre et un fait de jeu qui ont grandement fait pencher la balance côté bianconeri. Cette deuxième place coutera cher au club puisqu’il  se trouve désormais dans l’incapacité de garder ses joueurs vedettes. Milan est donc dans l’obligation de vendre ses cadres pour alléger la masse salariale du club. Ibrahimovic cède aux appels des qataris et fil au PSG. Thiago Silva a sentit le coup et en fait de même. Cassano s’en va rejoindre le cousin intériste en échange de Pazzini. Pato retourne dans son pays natal, au Corinthians. Nesta s’en va en pré-retraite à Montreal. S’en iront également Seedorf (Botafogo),  Van Bommel (PSV), Gattuso (Sion). Le légendaire renard des surfaces, Pippo Inzaghi, prendra lui sa retraite, tout comme Zambrotta.

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Le but refusé à Muntari, un des tournants malheureux de la saison

Une transaction difficile à assumer pour la direction qui calme le mécontentement des tifosi en achetant l’enfant terrible du football italien, Mario Balotelli durant la trève hivernale. Au terme de la saison 2012-2013, le Milan arrache miraculeusement la 3 ème place du championnat au nez et à la barbe de la Fiorentina, au terme d‘un finish exceptionnel. Une performance que le club doit essentiellement à deux joueurs : El Shaarawy, alors présenté comme une futur pépite italienne et auteur d’une première partie de saison exceptionnelle, et Super Mario Balotelli, qu’on ne présente plus.

Cette saison aurait du mettre la puce à l’oreille des dirigeants, et notamment à Galliani, sur l’avenir footballistique du club. Pourtant, il continue d’endormir les supporters en faisant revenir dès la saison prochain, l’idole du peuple, Kaka, qui sera l’auteur d’une saison fade. A l’image de toute l’équipe qui finira a une bien triste 8 ème place. Allegri fut d’ailleurs remercier en cours de saison, remplacé par Seedorf. Mais malgré des débuts encourageant, l’ancien numéro 10 hollandais, fut débarqué comme un mal propre dès la fin de la saison. Galliani , sous les conseils de Berlusconi, laisser le contrôle du navire – ou  devrais-je dire, de l’épave – à une autre légende du club, Inzaghi.

  1. De 2014 à aujourd’hui, quel avenir pour le club ?

On en vient donc à la saison actuelle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’a changé, les recrutement se suivent et se ressemblent  (achat de joueurs en fin de contrat ou de joueurs moyens),  les moyens financiers sont de plus en plus restreint (l’argent de la Ligue des Champions n’est plus présent et Berlusconi a décidé de n’investir que des broutilles dans le club) et les salaires restent toujours aussi élevés (Mexes dispose du salaire le plus élevé du  club : 4 millions d’euros). Ces difficultés financières ont même poussé la direction rossonera à se séparer de son bus officiel ( !) afin de faire des économies (200 000 euros/an). Vous avez dit ridicule ?

Seul point positif dans tout ce fouillis, le Milan semble s’être enfin intéressé à la formation de jeunes et les performances de la Primavera (équipe du championnat des jeunes joueurs) sont encourageantes. Mais pour l’instant Milan végète à une bien triste 10 ème place, à 29 points de la Juventus, leader.  Le club continue d’empiler les joueurs moyens (Honda, Muntari, Pazzini, Rami, Armero…) , les joueurs cramés (Torres, Essien, Bonera), les surcôtés (Cerci, Destro, El Shaarawy)  et les joueurs inutiles. Les bons coups (Bonaventura, Poli, De Jong) sont trop rares et ne suffisent plus à masquer un manque criant de niveau. Le Milan se retrouve donc logiquement à une dixième place qu’elle mérite. Le jeu déployé est d’une pauvresse sans nom, seul des joueurs comme Menez, Bonaventura ou encore Diego Lopez tente de surnager, mais cela reste insuffisant. Les dirigeants du club, Galliani le premier, ne veulent pas reconnaître leurs erreurs et continuent de faire comme si tout allait bien, en rappelant chaque semaine que Milan est le club le plus titré au monde. Berlusconi n’a, quant à lui, jamais semblé si éloigné du club. Et c’est le pauvre Inzaghi qui devrait être la victime de se marasme continu, puisqu’en cas de défaite ce soir face à la Fiorentina, il se pourrait fortement que l’entraîneur italien se fasse virer. Cristian Brocchi (actuel entraineur de la Primavera) serait alors chargé de finir la saison. Encore et encore du bricolage.

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Le fameux bus qui coûtait plus cher que le transfert de Menez

  1. Mais alors, quel avenir pour le Milan ?

Si le contexte actuel du club est plutôt alarmant, il est pourtant possible de voir du positif pour le futur. Tout d’abord, une partie du club cédé (on parle de 30%) pourrait être cédée à un milliardaire thaïlandais, Taechaubol Bee. Ce dernier souhaiterait faire de la place aux légendes du club au sein de l’organigramme du Milan et notamment à Paolo Maldini. La  direction du club a également pris l’initiative de faire construire un nouveau stade dont il en serait le propriétaire, s’inspirant du modèle de la Juve. Cela permettrait ainsi au club d’avoir un revenu d’argent régulier et d’assurer les finances du club. Le stade pourrait voir le jour pour la saison 2019-2020. D’ici là, il s’agira de poursuivre les efforts fait sur la formation des jeunes joueurs. Les équipes des sections jeunes du Milan tourne bien actuellement et cela laisse à espérer un retour de joueurs « da Milan » (des joueurs ayant intégré la culture du club) et non plus la présence de mercenaires surpayés. Car oui, s’il y a bien une chose que le Milan est en train de perdre petit à petit, la faute à une mauvaise gestion criante, c’est sa classe. Celle qui a fait du club ce qu’il était il y’a encore quelques années : un club respecté à travers l’Europe et le monde. Mais également un club craint de tous. Aujourd’hui le Milan ne fait plus peur, gagner à San Siro est presque devenu une banalité.

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Le futur stade du Milan et ses 40 000 places

Milan doit revenir à ses sources ; Milan doit se reconstruire et retrouver cette classe qui le définissait tant ; Milan doit retrouver une aura, d’abord à l’échelle nationale puis ensuite à l’international ; Milan doit revenir au devant de la scène puisque ce club fait partie du paysage footballistique avec notamment ses 7 Ligue des Champions ; Milan doit redevenir l’institution qu’elle était auparavant.

Mais en attendant tout cela, Milan et son coach Pippo Inzaghi joue un match déterminant pour la suite de la saison. Et cela touche d’autant plus l’entraîneur italien qui en, cas de contre performance, pourrait se voir licencié. Une légende de plus mise au placard en quelques sortes…

Max Miotto

1 COMMENTAIRE

  1. Tres bon article, on y ressent toute la detresse de son auteur … patience, les grands clubs ne meurent jamais 😉

  2. Excellent comme article ! On voit bien comment une putain d’équipe avec Shevchenko, Pippo, Dida, Pirlo, Maldini etc. devient ce qu’elle est aujourd’hui.
    Le plus ennuyeux c’est le surplus de gars qui évoluent à Milan en ce moment. On pourrait en faire presque 3 différentes des équipes avec un effectif aussi important. Bref..

  3. C’est qui est fou avec l’AC Milan comme tu le dis c’est l’opération « paramètres 0 » qui, comme on a pu le voir, a permis ces 2-3 dernières années de construire une équipe entière gratuitement. Maintenant comme il a été dit plus haut « Les grands clubs ne meurent jamais » sauf pour le cas de Parme.

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