Un moteur a été trouvé lors d’une course amateur en Dordogne, à Saint-Michel-de-Double. Un cas complètement isolé, d’une grande absurdité, tant on peut qualifier la méthode utilisée de “low cost”. Pourtant, cette nouvelle ne fait qu’alimenter le dossier sensible du dopage mécanique. Explications.

« Je l’ai fait pour avoir moins mal en fin de course ». Une justification au moins autant absurde que le moteur utilisé par ce dénommé Cyril. On est loin des méthodes Varjas, ou du contrôle par caméra thermique de l’armée sur le Tour. Les méthodes du mis en cause relève plutôt du cas d’école : une batterie dans un bidon, reliée au moteur dans le tube de selle. Un cas qui ne peut satisfaire la recherche menée par l’Union Cycliste Internationale (UCI) depuis plusieurs années. Dans Libération, certains concurrents du tricheur ont témoigné. Des soupçons pesaient déjà sur l’homme de 42 ans. Thomas Chassagne explique l’aisance suspecte de son adversaire, mais aussi, et surtout, le bruit étrange dans son vélo. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que ce cas de dopage mécanique n’a rien de bien conventionnel. De plus, Cyril a même tenté d’échapper aux contrôleurs, abandonnant avant la fin pour prendre la fuite. En vain.

Omerta chez les pros ?

C’est un feuilleton qui ne fait que commencer, mais qui a déjà une place importante dans le cyclisme. A en croire Stefano Varjas, à l’origine de cette technologie, il y a des moteurs dans le peloton. Mais aucune preuve de transactions ou autres accords signés. Le spécialiste hongrois se tait. Le dernier reportage de Stade 2 sur la question a fait jazzer. Celui-ci montrait l’inefficacité des méthodes utilisées, notamment par l’intermédiaire des fameuses tablettes. Si l’enquête a divisé le monde du vélo, celle-ci montre pourtant bien des dysfonctionnements du côté de l’UCI. Mais le fait de mal chercher ne veut pas dire qu’il y a quelque chose à trouver. Et ce n’est certainement pas un cas comme celui de dimanche qui doit faire trembler la planète cyclisme. Cependant, la défaillance de ces tablettes, seul outil à disposition de l’UCI, suffit à faire douter. Et à faire craindre une omerta généralisée dans l’organisation cycliste et ses acteurs.

Le cas Van den Driessche

Résultat de recherche d'images pour "femke van den driessche"C’était le 30 janvier 2015, durant les Mondiaux de cyclo-cross. Alors même que la course était en cours, les commissaires ont trouvé un moteur dans un vélo, situé dans un poste matériel (l’équivalent du stand en Formule 1). Ce vélo appartenait à Femke Van den Driessche. Du moins, selon l’UCI. Alors que la presse, même généraliste, s’empare de l’affaire, la jeune Belge, en larmes, se défend immédiatement. Elle avance une histoire de vélo déposé par erreur, après qu’un proche ait reconnu le parcours. Une version crédible quand on sait que ce vélo n’a jamais servi durant la course. Quel était l’intérêt de mettre un moteur dans un vélo inutile ? L’UCI ne veut rien savoir, l’enquête est bouclée (bâclée ?), et voilà une jeune fille de 19 ans jetée aux lions, condamnée à une amende faramineuse et une sanction de six ans. Van den Driessche est revenue pour l’Equipe, dans un format Explore, sur l’affaire. Un témoignage qui pose énormément de questions. Responsable, mais pas coupable ?

Si ces affaires de dopage mécanique font du bruit dans les médias, dans les faits, elles n’ont finalement que peu de fond. Entre méthodes hasardeuses chez les amateurs et un cas d’une grande cruauté pour Femke Van den Driessche, c’est plutôt du côté de l’UCI qu’il faut se tourner. Dysfonctionnements, méthodes contestables et contestées, refus de regarder ses difficultés en face. Y a-t-il des moteurs dans le peloton professionnel ? On ne sait pas. Mais si David Lappartient, nouveau président de l’UCI, veut vraiment lutter contre les moteurs, il faudra non seulement y mettre les moyens, mais aussi briser, un jour, la loi du silence…