Pays jusqu’alors inexistant dans les pelotons, l’Israël tente de s’installer dans le paysage. Dans un contexte géopolitique compliqué, le pays est parvenu a décrocher le grand départ du Giro 2018. En plus, son équipe Israel Cycling Academy a obtenu le statut de Continental pro pour la saison à venir.

Une équipe à son nom

L’histoire commence en 2014. Deux cyclistes israéliens se rencontrent en haut d’un col, en Israël. Ron Bar On, businessman, et Ran Margaliot, jeune coureur dont la carrière s’est brutalement arrêtée, se lancent dans un projet fou. Créer une équipe pour permettre à des jeunes Israéliens d’atteindre un rêve qu’ils ne pourront jamais réaliser eux-mêmes : disputer des courses internationales, avec en point de mire, le Tour de France. Ainsi est née, l’Israel Cycling Academy (ICA). Trois ans plus tard, l’équipe obtient le statut Continental pro (soit l’équivalent de la deuxième division) pour la saison 2018. Mieux encore, grâce aux investissements de Sylvan Adams, millionnaire canadien, elle parvient à attirer des noms du peloton. Ruben Plaza, vainqueur sur le Tour et la Vuelta, Ben Hermans, (ancien BMC), auteur d’une belle saison 2017, ou encore Sondre Holst Enger (ancien AG2R), grand espoir du sprint. Toutes les conditions semblent réunies pour que l’équipe pointe le bout de son vélo sur des grandes épreuves. A commencer par le Giro…

Jérusalem, départ du Giro 2018

La nouvelle est tombée le 18 septembre dernier. Pour la première fois dans l’histoire, un des trois Grands Tours partira hors d’Europe. RCS, l’organisateur du Giro, annonce que la course italienne partira d’Israël. Mais de Jérusalem, ou Jérusalem-Ouest ? La nuance suscite une vive polémique. Le gouvernement israélien refuse que le Giro affiche « West-Jérusalem » sur sa carte. Forcément, dans un contexte géopolitique compliqué avec la Palestine. Mauro Vegni, directeur du Giro, est pris au piège. Alors que celui-ci refuse toute influence politique dans ses choix, il se plie aux demandes du pays hôte. Dans un article du Monde, il explique que toutes ces manœuvres n’ont aucun autre but que de faire la promotion du cyclisme. Il appuie cet argument en évoquant la bonne conduite de Bahraïn Merida et UAE Team Emirates. Les deux équipes World Tour, sponsorisées par deux pays en conflit avec l’Israël, n’ont éprouvé aucune aversion à la décision de RCS. Reste à voir si les conditions nécessaires de sécurité pourront être assurées. En revanche, c’est une occasion innée pour l’Etat hébreu de fêter le cyclisme. D’autant que son équipe ICA sera sans aucun doute de la partie.

Encore des chantiers

Si le pays accueillera donc le grand départ du Giro 2018, il n’existe pas de courses cyclistes sur son territoire. Questions de sécurité ? De géopolitique ? D’économie ? Quelque soit la cause de ce manquement, l’Israël passera de toute façon au révélateur en mai prochain en accueillant la course italienne. Si tout se passe bien, peut-être pourrait-on imaginer une course dans l’Etat hébreu. Dans leur communication aussi, les responsables israéliens doivent apprendre à être moins directs. A propos de l’épisode (West-)Jérusalem, envoyer un ultimatum n’était peut-être pas la meilleure solution pour vendre une belle image du pays. Enfin, le dernier chantier est le certainement le plus important. Celui pour lequel l’équipe ICA a été créée. A savoir promouvoir des jeunes coureurs israéliens, pour les mener au haut niveau. Dans l’effectif 2018 annoncé, ils ne sont que cinq à représenter la bannière bleue et blanche. Certes, aucun ne dépasse 24 ans, mais aucun n’a brillé en dehors du championnat national. On peut donc s’interroger sur cette faculté à révéler des talents du pays. Mais la jeunesse des cinq est peut-être annonciatrice de futurs brillants. Et n’en doutez pas, il y en aura au moins un au départ du Giro. On n’imagine pas un tel événement en Israël, sans représentant national.

En tout cas, le cyclisme continue sa mondialisation. On a connu le retour des Colombiens au top niveau. Les pays africains qui font leur place, comme l’Erythrée. La Chine qui se révèle timidement. Le Golfe avec l’exemple des Mondiaux au Qatar. Place à l’Israël maintenant, de tenter sa chance dans le grand bain du vélo.

Crédit photo : Cyclingnews