Huit fois champion du monde, deux fois champion olympique. Hamish Bond a tout connu dans sa discipline, l’aviron. A la recherche de nouveaux défis, le Néo-Zélandais s’est lancé dans un pari fou : briller aux Mondiaux, et disputer les Jeux Olympiques de Tokyo… en cyclisme.

C’était il y a une semaine. Alors que la nuit berçait notre sommeil, nous, petits Français. A l’autre bout du monde, Hamish Bond, Néo-Zélandais de 31 ans, remporte son championnat national du contre-la-montre, après une troisième place l’année dernière. Résultat anecdotique, peut-on penser. En fait, pas vraiment. Ce monsieur a une histoire tout à fait extraordinaire. Rien ne laissait croire, qu’un jour, on le retrouverait sur la plus haute marche d’un podium, sur son vélo.
Son histoire avec le sport commence en 2007. Avec ses trois coéquipiers, Hamish Bond devient une première fois champion du monde d’aviron en quatre de pointe. Passant à côté aux Jeux Olympiques (JO) de Pékin, le quatuor se scinde en deux. Bond poursuit l’aventure avec Eric Murray, en deux de pointe. Dès lors, les deux hommes ne connaitront que la victoire. 69 victoires, pour aucune défaite. Ils s’accorderont même le luxe de décrocher un record du monde aux JO de Londres.
Après avoir gagné tous les titres possibles en aviron, Hamish Bond, légende de son sport, n’a qu’une seule envie. Se lancer un nouveau défi. Cycliste dans l’âme, le néo-zélandais ne résiste pas à l’appel de la route. Dans une interview, il explique sa transition : « Avant de quitter les Jeux de Rio, plus ou moins quelques jours après la finale, j’étais à l’entrainement ». Voilà, la machine est lancée.

De l’eau à la route

Mais la volonté ne suffit pas à performer au haut niveau. Hamish Bond perd dix kilos pour les besoins de la compétition, à force d’entrainement. Il passe ainsi de 90 à 80 kg. Lorsque dans l’interview, on l’interroge sur ses ambitions, l’ancien rameur est catégorique. « Je regarde plutôt comment les équipes de piste se préparent. Je ne suis pas un adepte de la course sur route. Il y a beaucoup de tactique, vous ne pouvez pas vous débrouiller seul ». Lui qui a tant brillé à deux ou à quatre dans son bateau, ne veut pas de course d’équipe sur le vélo. Il veut briller seul, sur sa machine. Autant dire que l’exercice du contre-la-montre est dessiné pour lui.
Alors en 2017, il tente sa chance lors de son championnat national. Il enchaine avec le championnat d’Océanie. Dans ces deux épreuves, il échoue à la troisième place. Mais cela montre déjà de gros progrès sur le vélo. D’une compétition à l’autre, il rivalise et bat Jason Christie, une référence du pays, spécialiste de la piste. Hamish Bond participera même aux Mondiaux de Bergen, toujours en contre-la-montre. Il décroche une anecdotique 39eme place, devant certains coureurs du peloton professionnel. De plus, les moyens en Nouvelle-Zélande ne sont pas idéaux pour être au top de la performance. Comme les souffleries pour travailler l’aérodynamisme. « Il n’y en a pas à chaque coin de rue » explique-t-il. Alors l’ancien rameur procède avec ses moyens.

Et ses méthodes semblent payer. La semaine dernière, Hamish Bond prend sa revanche sur ses concurrents dans le championnat national. Il s’impose très nettement avec une moyenne de 47,21km/h sur 40km de course, et une 1min30 d’avance sur son dauphin. Le double champion olympique d’aviron a déjà un peu réussi son pari, celui de gagner sur le vélo. Nul doute que le néo-zélandais voudra montrer le maillot à Innsbruck, même si le contre-la-montre proposera un profil très compliqué. Le parcours dans le Yorkshire en 2019 pourrait lui être nettement plus favorable. Mais son objectif principal est encore plus loin.

Objectif Tokyo 2020

C’est la compétition pour laquelle il a entamé sa reconversion. Celle qui fait rêver, encore, le Néo-Zélandais de 31 ans : les Jeux Olympiques de Tokyo. Mais ne dites pas à un champion de sa trempe de venir y faire de la figuration, ou une place d’honneur. Quand on a tout gagné comme lui, on vient pour la victoire, être compétitif, se mêler à la lutte avec les meilleurs. « Je ne suis pas arrivé là pour viser bas. Si je ne progresse plus ou que je ne suis pas au niveau voulu, je ne vais pas continuer à me taper la tête contre le mur ». Hamish Bond est lucide. Si ses performances ne lui conviennent pas, il n’ira pas. Mais il est aussi parfaitement conscient de la tâche à accomplir. Dans son interview, il parle de watts, de poids… bref, des notions abstraites pour un public non averti. Mais qui montre à quel point l’ancien rameur est concerné par son objectif.

Alors, s’il lui reste deux ans et demi pour être prêt, ses adversaires devraient apprendre à le connaître. Parce que quand on est huit fois champion du monde et deux fois champion olympique, même dans un autre sport, on est un champion. Et quand on est un champion, on sait gagner. A voir si le Néo Zélandais aura le temps de combler son retard sur les coureurs professionnels. En attendant de voir Tokyo, Hamish Bond est lancé dans une course… une course contre la montre.

Crédit photos : RoadCyclingNZ, Sirotti