C’était un objectif avoué, c’était une grande inconnue concernant le niveau de performance et de fiabilité des prototypes hybrides engagées par Toyota. L’absence de grands constructeurs après le départ de Audi et Porsche a fait qu’Alonso qui vise la Triple Couronne ne pouvait pas laisser passer l’opportunité de prendre part à cette édition des 24 Heures du Mans. Contrat rempli pour Toyota qui signe le doublé. 

Toyota était la seule écurie a aligner des prototypes hybrides cette année. Cela fait suite au retrait de Audi à la fin de l’année 2016 et celui de Porsche un an plus tard. Toyota, en 19 précédentes participations au Mans ne s’est jamais imposée. Passée toute proche il y a deux ans où la voiture qui menait la course a abandonné sur panne technique dans l’entame du dernier tour, elle avait cette année une occasion unique de l’emporter.

Fernando Alonso qui veut remporter le Grand Prix de Monaco (2006 et 2007), les 500 Miles d’Indianapolis et Le Mans ne pouvait lui non plus ne pas manquer cette occasion. (La motivation d’Alonso pour la Triple Couronne ici).

Tout a commencé dès les qualifications le jeudi où la Toyota n°8 emmenée par Kazuki Nakajima, Sébastien Buemi et Fernando Alonso a décroché la pole position. La n°7 verrouillant la première ligne de la grille de départ, Toyota n’a pas dérogé à sa puissance. Les Rebellion et SMP, prototypes non hybrides ont essayé de menacer les Toyota mais sans succès et se sont partagé les 2ème et 3ème lignes.

La course, démarrée hier à 15 Heures pour 24 Heures a été contrôlée par les Toyota. Les Rebellions et les SMP Racing ont essayé encore une fois de venir inquiéter les Toyota mais sans d’avantage de réussite. Elles ont accusé un retard de un tour après deux heures de course. Surtout, si on guettait les problèmes de fiabilité chez Toyota, ce sera finalement ces écuries privées qui auront souffert. Chacune des différentes voitures a du s’arrêter une à plusieurs fois au stand pour réparer et perdre de précieux tours sur les leaders de la course.

La SMP n°11 a été la première à faire les frais de la fiabilité. Confiée notamment à Jenson Button, ancien pilote de F1 avec McLaren, la n°11 a été touchée par une panne de capteur qui l’aura immobilisé près de cinq heures au garage dès la deuxième heure de course. Le Britannique, pour sa première participation au Mans n’aura presque pas eu l’occasion de piloter. Repartie avec 49 tours de retard, elle aura bataillé tant bien que mal pour se classer 5ème des LMP1.

Deux frayeurs seront venues émailler le parcours de la Toyota n°08 pilotée par Alonso, Buémi et Nakajima. La première est une prétendue marche arrière passée dans les stands quand Alonso a pris son premier relais en course. Cette manoeuvre est formellement interdite et aurait pu valoir une exclusion. Une vidéo postée par le site Motorsport.com innocentera Alonso qui montrera que sa voiture a été poussée par ses mécaniciens pour éviter une GT qui ravitaillait devant et l’empêchait de partir.

Le second écueil est intervenu après minuit. La Toyota n°8, deuxième au classement général, alors pilotée par Sébastien Buemi s’est rendue coupable d’un excès de vitesse dans une “Slow Zone” faisant suite à une sortie de piste d’une des deux SMP Racing. Pour rappel, la slow zone est un espace de plusieurs centaine de mètres dans lesquels les pilotes sont obligé de ralentir et rouler à 80km/h, ceci afin d’assurer la sécurité des commissaires de piste qui interviennent pour dégager les voitures accidentées et les pilotes qui ont mis pied à terre. L’équipage a du écoper d’une pénalité sévère mais juste, un stop and go de 60 secondes à son stands. Alors deuxième à près de trente secondes, la Toyota n°8 a vu son retard se porter à plus de 2 minutes sur la Toyota n°7.

Alonso qui a été exemplaire comme ses deux coéquipiers n’a pas commis la moindre faute dans son second relais de nuit pour réduire l’écart à 40 secondes sur la n°7. Toutes les prestations d’Alonso auront été remarquables. Il n’aura commis aucune erreur alors qu’il découvrait le circuit du Mans de nuit et les 24 Heures en général. Le style de pilotage varie du tout au tout par rapport à la F1.

Toujours en tête au matin, les deux Toyota n’ont pas vraiment été inquiétées. Nakijima, en piste à l’aube a refait son retard dans les premières heures ce dimanche pour dépasser la Toyota n°7 à 06h25. La n°8 n’aura globalement plus lâché la tête de la course. La plus grande menace était la fiabilité. La n°7 n’aura pas été épargnée par quelques galères.

A 15 Heure, les deux Toyota franchissaient la ligne d’arrivée, la n°8 devant la n°7 qui a eu un tour de retard. Les deux voitures du SMP Racing étaient très bien engagées mais ont fini par abandonner. Quant aux Rebellions, qui espéraient mettre en danger les Toyota terminent 3ème et 4ème à 10 et 11 tours.

L’attente dans la dernière heure a été angoissante pour le clan Toyota qui a enfin pu savourer sa première victoire aux 24 Heures du Mans en 20 participations.

Alonso décroche ainsi le second sacre de la Triple Couronne après laquelle il court désormais, voulant prouver s’il était nécessaire qu’il est parmi les pilotes les plus talentueux et les plus complets du sport automobile. Il aura tout le temps qu’il veut pour gagner à Indy à l’avenir.

Nul doute que si un pilote peut réussir cet exploit que seul Graham Hill à réussi, c’est lui.