Après une tournée finie en queue de poisson, les Bleus sont à nouveau dans le flou. L’urgence de résultats n’a jamais été aussi présente avant le Tournoi. Voici quelques pistes pour retrouver le chemin du succès.

Après la victoire contre l’Argentine et le dernier match prévu contre les Fidji, cette tournée de novembre semblait s’achever sur des espoirs et quelques certitudes. Patratra ! La défaite (humiliante) contre les joueurs du Pacifique (14-21) au Stade de France a tout remis en cause et (re)plongé le XV de France dans ces travers. Un an après le renvoi de Guy Novès et son staff à la suite d’un match nul contre le Japon (23-23), l’équipe de France en est au même point. Pire, elle n’arrive plus à conserver sa maîtrise face aux nations de second rang. Déclassés, les Bleus s’avancent dans l’inconnu à huit semaines du Tournoi et moins d’un an de la Coupe du Monde. Le XV de France traverse peut être la pire période de son histoire. Voici ce qu’il lui manque pour retrouver un peu de couleur :

Des cadres à la hauteur

Yoann Huget et Guilhem Guirado semblent perdus dans ce XV de France.

Les deux premiers matchs de la tournée avaient semblé dessiner une colonne vertébrale dans le XV de départ : Guilhem Guirado (talonneur) – Yoann Maestri (seconde-ligne) – Louis Picamoles (troisième-ligne) – Mathieu Bastareaud (centre) et Maxime Médard (arrière). Mais à part le capitaine français ainsi que Maxime Médard qui n’a pas disputé le troisième test, tous ont failli en cours de route. Maestri a fait preuve d’activité dans le jeu mais son efficacité en touche fut déplorable. Son partenaire de deuxième-ligne Vahaamahina n’est pas exempt de critiques non plus dans ce domaine. Louis Picamoles n’a pas eu le même rayonnement habituel et continue d’agacer lorsqu’il « coffre » le ballon plutôt que de chercher la passe-après-contact. Quand à Mathieu Bastareaud, il s’est éteint au fil des matchs et son jeu basé sur sa puissance a parfois montré ses limites. Enfin, le XV de France pâtit depuis toujours d’un ouvreur de classe mondiale. Si Camille Lopez s’est montré intéressant sur certaines séquences, il a parfois fait les mauvais choix et eu du mal à diriger sa ligne d’arrières. L’absence de son coéquipier Morgan Parra, forfait, ne pouvait être que déplorée.

Un sélectionneur qui sonne l’alerte

Le sélectionneur Jacques Brunel peine à trouver des solutions.

Arrivé il y a un an, Jacques Brunel n’a pas réussi a redressé le XV de France. Le Gersois avait emmené avec lui dans son staff trois anciens du XV de France, chacun avec des attributions spécifiques : Sébastien Bruno (avants), Julien Bonnaire (touche) et Jean-Baptiste Ellisalde (arrières). Comptant sur leur expérience, Brunel voulait amener une expertise et un accompagnement différent. D’autant que l’existence d’une « liste élite » (qui comprend les joueurs pré-sélectionnés) leur permet d’avoir les joueurs à Marcoussis plus tôt, plus longtemps et plus frais car assujettis à moins de matchs. Ce qui n’a pas porté ces fruits durant ce mois de novembre. Le sélectionneur ne semble pas comprendre pourquoi les Bleus peinent à enchaîner les performances. Une impression confirmée lors de ses passages en conférence de presse ou en interview post-match où il est resté vague à chaque fois. Un manque de réponses révélateur ?

De la constance

Avec huit défaites pour seulement trois victoires, le XV de France affiche un bilan comptable plus que négatif sur l’année 2018. Les Bleus n’ont pas enchaîné deux succès depuis le dernier Tournoi face à l’Italie et l’Angleterre. L’écart par rapport aux nations du Sud s’est agrandi, à tel point que l’équipe de France est revenu une nouvelle fois bredouille (sans victoire) cet été de Nouvelle-Zélande. Lors des cinq dernières tournées d’été (14 matchs), elle n’a remporté qu’une seule rencontre face à l’Argentine en 2016. Dans le Tournoi, la France a également reculé. Elle n’a pas accédé aux deux premières places depuis 2011. Certaines nations comme l’Écosse parviennent désormais à rivaliser avec les Bleus. Pire, la France se retrouvent en grande difficulté voire ne gagne plus contre les équipes du Tiers 2 (Japon, Fidji).

Un match référence

Baptiste Serin est-il capable d’amener cette équipe vers le haut ?

C’est sans doute ce que recherche le staff Tricolore. Ce fameux déclic pourrait enclencher une spirale positive et arriver au Mondial avec davantage de confiance. Pour établir un parallèle avec le football, les Bleus de Deschamps ont également traversé cette période de doute (2012-2013) mêlant des problèmes de jeu et le désamour du public avant de reconquérir le cœur de ses supporters. Un match a tout changé : le barrage pour la Coupe du Monde 2014 contre l’Ukraine. Menés 0-2 au match aller, les Français avaient renversés la situation pour se qualifier in extremis. De cette campagne avait ensuite découlé le bon parcours au Brésil, la finale de l’Euro à domicile puis le titre de champion du monde en Russie cette année. La voie à suivre pour les Bleus ?

De l’ambition

Certains diront qu’il faut de la confiance pour avoir un minimum d’ambition. Mais pourquoi ne pas prendre les choses dans l’autre sens ? En 2011, les Bleus de Lièvremont avaient été très critiqués après des résultats catastrophiques (défaite inédite contre l’Italie dans le Tournoi et les Tonga au premier tour) avant de se hisser contre toute attente en finale de la Coupe du Monde. Au terme d’un parcours chaotique, les Français avaient cru en eux jusqu’au bout et fait trembler les All Blacks chez eux en finale (8-7) passant tout près du premier titre de champion du monde pour la France. Des émotions encore présentes dans la mémoires des supporters français qui désespèrent du niveau actuel. Pour aller loin, les Tricolores devront passer le premier tour dans une poule compliquée (composée de l’Angleterre et l’Argentine) puis se sublimer en quart (potentiellement contre l’Australie) voire plus si affinité.