Crédit photo : ABFC

 

La disparition de Robert Herbin a suscité de nombreuses réactions dans le monde du football. Si les plus anciens auront un souvenir réel de ce qu’a fait le “Sphinx” pour l’ASSE, les plus jeunes supporters l’ont connu par la lecture, la vision de vidéos ou le témoignage. C’est ce que l’on a demandé à Pierre Vacher, président du Roannais Basket Féminin, qui a vécu l’épopée de 1976 au plus près en faisant le tour de l’Europe pour aller voir les matchs des Verts. Il raconte Robert Herbin.

“Nous ne le connaissions pas directement, ne l’avions jamais rencontré, mais cet homme a marqué notre jeunesse et nous a tellement inspiré que nous, les étudiants, en sciences humaines ou en quoi que ce soit, pour peu qu’on ait été déjà passionné de sport en général et de football en particulier, pour peu que nous ayons été investis dans des formations d’entraîneur, il fut un exemple, un guide, un fil rouge des conduites à tenir ou à éviter.

A l’époque les footballeurs stéphanois découvraient la rigueur, car chaque séance physique constituait un Everest, et de nouvelles méthodes d’entraînement apparaissaient. Innovant pour devenir performant, Robert Herbin permit la véritable naissance de l’esprit vert, en s’appuyant sur des jeunes issus du club et vainqueurs de la coupe Gambardella ainsi que des valeurs attachées au travail quotidien et à l’état d’esprit stéphanois et ligérien où le travail bien fait demeure le socle de chaque réussite.

Robert Herbin devenait un entraîneur d’exception

Pour nous, jeunes supporters des «kops de derrière les cages», nous allions partager l’épopée si souvent narrée. A l’excitation générale, à la générosité affichée par ses joueurs, Robert Herbin affichait un calme olympien, une distance incroyable, même si nous étions persuadé que le bouillonnement se trouvait totalement intériorisé, et nous découvrions au fil des semaines et des mois que Robert Herbin, devenait un entraîneur d’exception.

Aucun signe de joie ou de désarroi, pas de déclarations intempestives, on imaginait que la réflexion, les mises en place des schémas tactiques et la musique classique occupaient ses espaces de vie avec son amour pour les chiens et… la cigarette, voire la pipe à l’image de son président Roger Rocher.

L’épopée débuta en 74-75 en coupe d’Europe avec déjà des matchs d’anthologie face aux polonais de Chorzow en 1/8ème de coupe d’Europe. Battus 3-2 les Verts renversaient le score s’imposant 2-0. Face à Split un feu d’artifice avec une victoire 5-1 avant que le vent du boulet ne souffle pour une défaite 4-1 au retour. Nous étions prêts à défier le Bayern Munich. Ce fut l’un des matchs les plus tendus et face à la solidité allemande , malgré le public enflammé un 0-0 ponctua les débats.

La saison 1975-1976 fut celle de toutes les folies

Le retour s’annonçait difficile, malgré notre présence au Stade Olympique et un voyage en 404 Peugeot qui se termina et se prolongea par un retour en stop, moteur cassé, mais pas notre notre enthousiasme même s’il ne put rien face à des Bavarois qui s’imposèrent 2-0. Robert Herbin ne broncha pas , tourné vers la suite notamment marqué par un succès en finale de Coupe de France face à Lens. Pour nous les tavernes munichoises nous permirent de noyer notre déception !

La saison suivante fut celle de toutes nos folies. Toujours plus proches de l’ASSE le vent vert soufflait fort sur l’hexagone dès les qualifications acquises face à Copenhague, aux Glasgow Rangers, avant que Kiev et Blokhine ne nous punissent à l’aller des 1/4 de finale (2-0). Le retour fut dantesque. Il s’acheva par une prolongation après des buts d’Hervé Revelli et Jean Michel Larqué et prit fin dans une liesse indescriptible car un but de Dominique Rocheteau sur un centre en retrait de Patrick Revelli qualifia les Verts. Du 10ème rang environ, dans le stade, nous nous retrouvâmes le nez dans le grillage du kop !

Les 1/2 face à Eindhoven furent une torture, un petit 1-0 à l’aller et un 0-0 arraché au courage, à l’abnégation, qualifia pour la première fois un club français en finale de la coupe d’Europe des clubs champions (appellation officielle).
La folie s’empara des rues stéphanoises, de la Loire , de la France entière, la France était définitivement devenue verte ! Et Robert Herbin ne dérogea pas à ce qu’il était pas, ou si peu, pour un si grand exploit !

Rendez-vous était pris à Glasgow pour le 12 mai ! C’est le lundi matin précédent l’événement du milieu de semaine que nous nous décidâmes à partir au nord de l’Angleterre en Opel Ascona, celle qui avait remplacée la 404 de notre même ami. La route, via la Normandie, le ferry boat fut très longue, pluvieuse et dangereuse avec sur la M6 un afflux inconnu pour nous de milliers de camions.

Mémoire vivante de notre histoire

Nous arrivâmes à bon port le jour du match, nous mettant en quête de précieux sésames achetés au marché noir et nous nous installâmes dans ce stade typiquement anglais dans les tribunes à hauteur des 18m du côté où Beckenbauer marqua alors qu’en 1ere mi-temps Bathenay vit son ballon s’écraser sur ces fameux poteaux carrés aujourd’hui installés au musée des Verts. L’entrée tardive de Dominique Rocheteau blessé ne changea rien ; la défaite s’avéra inéluctable ! Nous restâmes prostrés avant de noyer notre peine tout au long de la nuit et bien au-delà.

Sur les Champs-Elysées le lendemain, les Verts défilèrent, Roger Rocher et Robert Herbin en décapotable en tête du cortège, «  le Sphinx «  signa des autographes presqu’avec surprise car seul le terrain semblait avoir de prise sur lui et il était tellement triste et désemparé que comme l’affirme aujourd’hui certains de ses joueurs, il ne s’en remit jamais.

Après avoir stoppé sa carrière, il demeura fidèle à Geoffroy-Guichard et ses billets d’après match dans le Progrès connaissaient toujours le succès.

Il nous paraissait indestructible mémoire vivante de notre modeste histoire et surtout emblème définitif de l’esprit vert lequel 45 ans après souffle toujours du côté de l’Etrat et de Geoffroy Guichard… éternellement !”

 

Pierre Vacher