C’est au cœur de l’établissement du Dôme, à Roanne, autour d’une infusion, que nous avons retrouvé Adeline Martin. Vainqueure de la SaintéLyon en 2025, elle évoque avec simplicité son quotidien de traileuse de haut niveau et ses ambitions.
Première question, Adeline, vous avez commandé une infusion. Pourquoi ce choix ?
Adeline Martin : J’aime bien boire des infusions. J’en bois souvent dans la journée, au moins une. Ça me permet aussi de boire davantage, parce qu’on sait que c’est important de bien s’hydrater. Parfois, notamment au travail, je ne prends pas assez le temps de boire. Une petite infusion, avec des herbes, c’est agréable.
Est-ce que vous vous autorisez des excès ?
Je ne bois pas d’alcool, mais ce n’est pas parce que je fais attention. C’est surtout parce que je n’aime pas ça. Je n’ai jamais trouvé de plaisir à boire du vin ou autre chose. Je pense que si on me faisait goûter deux vins, un bon et un mauvais, je ne saurais même pas faire la différence. Sur la nourriture, je n’ai jamais été une grosse mangeuse de desserts. J’essaie surtout de manger équilibré, mais ça n’empêche pas de me faire plaisir. Dans le trail, on dépense énormément, donc on a besoin de calories. Les gens pensent parfois que parce qu’on court, on ne mange pas. S’ils venaient en stage avec nous, ils verraient que ce n’est pas le cas.
Quel type de plat vous fait plaisir ?
J’aime bien la cuisine italienne. Un bon risotto, par exemple, dans un bon restaurant, ça me fait plaisir. Et je pense que les gens seraient surtout surpris par les quantités. Je peux bien manger.
Vous calculez tout ce que vous mangez ?
Non, pas du tout. J’ai déjà été accompagnée pour savoir ce qui était important, notamment avec la Fédération ou l’équipe de France. Mais aujourd’hui, si vous mangez de tout et que c’est équilibré, c’est déjà une bonne base. Je fais surtout attention avant les courses, notamment en limitant les fibres pour éviter les problèmes digestifs. En trail, avec les chocs, ça peut vite devenir compliqué. Après la course, c’est aussi très important de bien récupérer, avec les protéines et tout ce dont les muscles ont besoin.
Qui vous entoure dans votre parcours de sportive ?
Mon entraîneur, Philippe Propage, me suit depuis 2016. Mon mari, Alexandre Martin, m’accompagne davantage sur la préparation physique. J’ai aussi mon ostéo, les kinés de la team Kiprun, et d’autres kinés dans le Roannais. Je pense aussi à ma première kiné quand j’étais cadette. Ce sont des personnes de confiance. Quand vous gagnez, on vous félicite, mais il ne faut pas oublier l’entourage. Ma famille a toujours été là aussi. Quand vous êtes jeune, si vous n’avez pas des parents pour vous emmener aux entraînements ou aux compétitions, c’est compliqué. Ça joue énormément.
Comment êtes-vous venue à la course à pied ?
J’ai commencé par la gymnastique à 3 ans et demi. Ensuite, au collège, il y avait les cross. Ça me plaisait beaucoup, et j’avais aussi des résultats, donc forcément, ça aide. J’aimais vraiment courir. J’ai ensuite fait des petites courses pour enfants, notamment à Tours. J’ai accroché et je me suis inscrite en club, à l’ESR, devenu aujourd’hui le Club Athlétique de Touraine. J’avais 10 ans. Au départ, je touchais un peu à tout : lancer, courses, différentes disciplines. Rapidement, on a vu que j’étais faite pour le demi-fond.
Vous auriez aimé pratiquer d’autres sports ?
Oui, parce que j’adore le sport en général. J’ai testé un peu l’escalade en vacances et j’aurais aimé faire d’autres choses. Mais quand vous voulez faire quelque chose à 100 %, c’est compliqué de tout mener de front. J’aimais aussi le côté individuel de l’athlétisme. Quand ça va, c’est vous. Quand ça ne va pas, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même. Mais j’aime aussi le collectif, notamment en équipe de France. Les émotions sont multipliées, c’est très fort.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le trail ?
J’ai fait de la piste pendant des années, puis de la route. J’ai ensuite vu des reportages sur des courses comme la Diagonale des Fous. Les paysages, le côté aventure, le voyage, la nature : tout ça m’a parlé. Je courais déjà beaucoup dans les chemins, à la campagne. J’avais envie de retrouver ce lien avec la nature.
Et il y avait aussi l’envie de retrouver le maillot de l’équipe de France. Sur marathon, je savais que ça serait compliqué avec les chronos. Alors je me suis dit : « Pourquoi ne pas tenter le trail ? » En 2015, j’ai fait les championnats de France. J’ai terminé deuxième sur le court, puis troisième l’année suivante sur le long. Philippe Propage est venu me voir et m’a demandé mon objectif. Je lui ai répondu : « Je veux rentrer en équipe de France de trail. » C’est parti de là.
Quelles qualités faut-il pour être une bonne traileuse ?
Il faut être très complète. Au début, je venais de la route, j’étais vraiment une coureuse. Il a fallu apprendre à s’alimenter pendant l’effort, parce que sur route, on ne le fait pas autant. Il a aussi fallu travailler la descente. Aujourd’hui, beaucoup de trails se gagnent en descente autant qu’en montée. Il faut savoir débrancher un peu le cerveau, tout en restant lucide. Et bien sûr, le mental est énorme.
Travaillez-vous spécifiquement le mental ?
J’ai été accompagnée par un préparateur mental quand j’étais junior. J’ai acquis des bases, et je m’en sers encore aujourd’hui. Quand deux athlètes ont le même niveau physique, c’est souvent le mental qui fait la différence.
À quoi ressemble votre semaine type ?
Le lundi, c’est généralement repos. Le mardi et le jeudi, j’essaie de m’entraîner sur le temps de midi, pour être disponible le soir avec mon enfant. Ça peut être des footings ou des séances de fractionné. Le mercredi, je peux faire une séance trail, de côtes ou de descentes. Le vendredi, souvent un footing. Et le week-end, ce sont souvent des blocs plus importants : une séance spécifique le samedi et une sortie longue le dimanche, entre 1h30 et 3h30 selon la période et l’objectif. Depuis que j’ai eu mon enfant, je fais peut-être moins de quantité. Je travaille à côté, donc je privilégie davantage la qualité.
Continuerez-vous le sport après votre carrière ?
Oui, clairement. Peut-être pas autant, mais je ne me vois pas vivre sans sport. C’est un équilibre dont j’ai besoin. Tant que le corps suit et que je prends du plaisir, je continue. Je suis encore compétitrice. J’ai encore envie de montrer que je peux être là. Et il y a des courses que je n’ai pas encore faites, des classiques qui me donnent envie.
Comment conciliez-vous votre vie de sportive, de maman et votre travail ?
Je travaille à 80 % au Département de la Loire, au service insertion et emploi. J’ai mon mercredi, ce qui me permet de m’entraîner, de gérer les choses du quotidien et de profiter de mon enfant. Aujourd’hui, je dois concilier ma vie professionnelle, ma vie d’athlète et ma vie de maman. Je veux que ces trois choses restent complémentaires, sans en sacrifier une au profit d’une autre. Ce n’est pas toujours évident. Depuis que je suis maman, je suis peut-être moins rigoureuse sur la récupération, mais ça fonctionne encore, donc je continue.
Est-ce important de montrer qu’on peut être mère et sportive de haut niveau ?
Oui, et on le voit de plus en plus. Avant, être enceinte était presque vu comme une maladie. On disait qu’il ne fallait plus courir, ni faire de sport. Aujourd’hui, la parole se libère et les professionnels accompagnent mieux les sportives. Quand j’ai su que j’étais enceinte, je me suis rapidement entourée des bonnes personnes. Une grossesse, ce n’est pas rien, ça change le corps. Moi, j’ai un peu galéré après l’accouchement, mais quand vous avez envie de faire ce que vous faites, vous revenez. Et parfois, vous revenez même plus forte, parce que vous avez un soutien supplémentaire.
Votre victoire sur la SaintéLyon vous a-t-elle apporté une mise en lumière particulière ?
Oui, c’était incroyable. Peut-être même plus que si j’avais été championne du monde. Pendant quinze jours, même à Roanne, des gens m’arrêtaient dans la rue pour me féliciter. La SaintéLyon, ça parle aux gens. C’est une classique, elle existe depuis longtemps, elle se court de nuit, sur environ 80 kilomètres. Même ceux qui ne connaissent pas forcément le trail comprennent que c’est quelque chose de fort.
Quels sont vos objectifs maintenant ?
J’ai envie de gagner les Templiers. Ça fait deux ou trois ans que je tourne autour. Il y a deux ans, j’étais dans une journée incroyable, où tout allait bien. J’étais dans le flow, mais j’ai fait une erreur : j’ai oublié de m’hydrater. Ça m’a coûté cher. J’ai envie d’aller gagner cette course. L’équipe de France compte aussi énormément pour moi. Les championnats, le maillot, les aventures humaines et sportives, ça me tiennent à cœur. L’an prochain, il y aura les championnats du monde en Afrique du Sud. Rien que ça, ça fait rêver.
Avant cela, il y a les championnats d’Europe en Slovénie. Avec quelle ambition ?
C’est le 6 juin. Il y a deux ans, j’avais terminé troisième. En équipe de France, on est quatre filles, mais seules les trois premières comptent officiellement pour le classement par équipe. Donc forcément, si je peux éviter cette quatrième place, je préfère. Aux championnats de France, j’étais vraiment en forme, mais je suis tombée malade avant. Je sais que j’avais les moyens de mieux batailler. En Slovénie, le format me convient : environ 54 kilomètres, avec un peu plus de 2 500 mètres de dénivelé. Avec les filles, on y va pour gagner. On veut l’or.
On termine toujours par la question : quelle est votre passion cachée en dehors du sport ?
J’aime beaucoup le cinéma, regarder de bons films. J’aime aussi lire, même si aujourd’hui je trouve moins le temps. J’aime aussi les voyages, découvrir le monde, d’autres cultures, d’autres paysages.


