C’est à la fin d’une saison riche en émotions pour le CHR, entre satisfaction et déception, que nous avons rencontré l’entraîneur, Eric Sarliève, pour faire le point.
Quelques jours après l’élimination, quel sentiment domine vraiment : la fierté du parcours ou la déception de s’arrêter si près du but ?
Eric Sarliève : Non, c’est une déception. Il n’y a pas de frustration. Tout le monde est déçu de s’arrêter en demi-finale. Même s’il y a une progression par rapport à la saison passée, où on s’était arrêtés en quart de finale, cela reste insuffisant pour aller chercher un titre. Donc oui, on progresse, mais la fin laisse forcément un goût amer.
Est-ce que cette saison valide malgré tout votre projet ?
Oui, clairement. On sort en demi-finale, donc c’est mieux que l’année précédente. On a réalisé une meilleure saison régulière, avec un contenu plus solide et un nombre de points inédit pour le club depuis longtemps en Division 2. Les choses avancent. Mais en même temps, on est impatients d’aller au bout et de remporter un titre pour le club. C’est ce mélange-là qui rend la déception encore plus forte.
On a tout de même le sentiment que votre équipe a passé un cap cette année. Vous le ressentez aussi de l’intérieur ?
Oui, complètement. Et c’est aussi pour ça que c’est encore plus difficile. Parce qu’on se dit qu’on est peut-être passés à côté de quelque chose. C’est aussi cela, la réalité du sport de haut niveau : on n’a pas su gérer les moments importants, avec l’émotion que représente une demi-finale, et à ce niveau-là, ça ne pardonne pas.
Qu’est-ce qui a permis à votre équipe de franchir ce cap cette saison ?
C’est paradoxal, mais je pense qu’on a gagné en maturité. L’équipe a très peu changé entre la saison passée et celle-ci, donc il y a forcément une alchimie qui s’est créée plus rapidement. Cela nous a permis d’avancer. Et pourtant, en demi-finale, c’est encore l’expérience qui nous a manqué. Pas individuelle, mais collective. Comme je l’ai dit, ce sont des matchs à fortes émotions et on ne les a pas toujours bien gérées.
Est-ce que Roanne est aujourd’hui prêt et a l’ambition de viser encore plus haut ?
Oui, forcément. Quand on s’arrête en demi-finale, l’objectif, c’est d’aller encore plus loin. Après, il faut aussi comprendre que cela se construit dans le temps. Les autres équipes à ce niveau-là ont déjà vécu ces situations à plusieurs reprises. Les trois autres demi-finalistes cette année, à savoir La Roche-sur-Yon, Montpellier et Valence, sont des clubs qui ont évolué plusieurs saisons en D1 et qui sont expérimentés dans ce type de rencontres. Il n’y a pas de secret, il faut s’inscrire dans la durée pour réussir.
Vous avez quand même le sentiment que votre équipe est prête pour les prochaines saisons ?
Oui, je pense même qu’on l’était cette année. Après, si on avait été prêts à 100 %, on serait allés en finale. Mais à ce niveau, cela se joue à très peu de choses. Lors de cette demi-finale, on a clairement raté le premier match. En revanche, les deux suivants ne sont pas à jeter, même si les résultats sont ce qu’ils sont. Les statistiques le montrent. Cela ne m’exonère pas de mes responsabilités d’entraîneur, bien entendu. Il faut maintenant prendre du recul : le premier match a été manqué, mais sur les deux autres, il y a des éléments positifs à retenir.
On a senti une vraie identité de jeu cette saison. C’était une volonté forte dès le départ ?
On a construit l’équipe avec cette idée-là. Les joueurs ont été très réceptifs dès le début. On avait un très bon groupe, avec une excellente attitude et une bonne atmosphère. C’est très positif et cela montre qu’on est sur la bonne dynamique. La fin est décevante, mais on reviendra plus forts la saison prochaine.
Comment accompagne-t-on un groupe après une déception comme celle-ci ?
Pour l’instant, on est surtout dans les entretiens individuels. On fait le point avec les joueurs sur leur saison, sur la demi-finale et sur leurs attentes pour la suite. Ils sont évidemment très déçus, mais il faut aussi leur faire comprendre que l’expérience ne tombe pas du ciel. Il faut vivre ces moments pour apprendre et mieux les gérer par la suite.
Vous êtes donc déjà tourné vers la saison prochaine ?
Oui, complètement. On est même à 100 % tournés vers la saison prochaine. Aujourd’hui, le bilan est fait. Maintenant, on avance. On ne va pas rejouer la demi-finale indéfiniment. On sait ce qui a moins bien fonctionné, donc on se projette. Il y aura sans doute peu de changements, car on ne peut pas dire qu’on a progressé cette saison et vouloir tout modifier ensuite.
Justement, vous êtes arrivé pour un cycle de trois ans. Sur quelles bases allez-vous poursuivre ?
Effectivement, la saison prochaine sera la dernière de mon contrat. L’idée est de conserver un maximum de stabilité. Ce n’est pas parce qu’on perd en demi-finale qu’il faut tout remettre en question, au contraire. Les équipes qui réussissent sont celles qui s’inscrivent dans la durée. En tant qu’entraîneur, je m’inspire beaucoup d’autres sports et de clubs comme le Stade Toulousain, en rugby, qui ont su construire dans le temps. Cette stabilité est une force. Elle permet aussi de mieux gérer les déceptions. Il faut conserver une identité forte et un groupe solide, et c’est ce que j’ai demandé au club en essayant de maintenir au maximum l’effectif actuel.
Comment analysez-vous votre travail auprès des jeunes du club ?
La dynamique du club est très bonne. On a de plus en plus de jeunes dans les catégories U7 à U11, ce qui signifie qu’on parvient à les attirer et surtout à les fidéliser. Le travail de formation s’inscrit sur le long terme, avec des résultats visibles sur plusieurs années. On est sur la bonne voie. L’objectif est de transmettre des valeurs comme le dépassement de soi et l’effort collectif. C’est là que réside notre rôle. Apprendre le hockey, c’est notre métier, mais transmettre ces valeurs, c’est ce qui fait réellement la différence.
UNE DÉCEPTION POUR MIEUX REBONDIR ?
Malgré l’élimination en demi-finale, la saison 2025-2026 du Roanne Hockey marque une étape importante dans la progression du club. Un cap a été franchi avec cette qualification dans le dernier carré, même si elle s’est conclue par une élimination nette face à Montpellier (0-3). Avec un parcours globalement plus abouti que la saison précédente et une phase régulière solide, les Renards confirment leur montée en puissance en Division 2.
Cette évolution s’appuie notamment sur une certaine stabilité, un objectif affiché par l’entraîneur. L’effectif, peu remanié, a permis de développer des automatismes rapides et une cohésion visible tout au long de la saison. Mais cette dynamique positive met aussi en lumière les exigences du haut niveau. En play-offs, chaque détail compte et l’expérience collective devient déterminante.
Une chose apparaît clairement : la gestion des émotions joue un rôle clé dans ce type de confrontation. Face à des équipes plus habituées à ces rendez-vous, le CHR a parfois manqué de maîtrise dans les moments décisifs, notamment dans les temps faibles et les séquences sous pression.
Reste désormais à savoir comment le club saura rebondir la saison prochaine et quelles orientations seront prises. Entre continuité de l’effectif et possibles ajustements, les choix effectués dans les mois à venir seront déterminants pour franchir un nouveau palier.


