Et si tout le monde pouvait Étienne, le scientifique Guillaume Millet lance un défi inédit. Celui de transformer des hommes et des femmes sédentaires en finishers d’un ultra-trail en seulement 18 mois. Une aventure humaine et scientifique.
À bientôt 60 ans, Guillaume Millet continue de courir avec le même enthousiasme qu’à ses débuts. Ancien passionné de trail, le professeur de physiologie de l’exercice à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne n’a rien perdu du plaisir de l’effort. Mais avec le projet « 0 to 100 », il ne s’agit plus seulement de courir, il veut démontrer que chacun peut repousser ses limites. «L’idée, c’est de donner envie aux gens de bouger, de leur montrer que c’est possible», explique-t-il. «Beaucoup ne s’imaginent pas capables. Pourtant, l’être humain a une capacité d’adaptation incroyable». Le principe est simple sur le papier, vertigineux dans les faits : accompagner 40 personnes totalement sédentaires jusqu’à un ultra-trail de 100 kilomètres, en seulement 18 mois. Un objectif qui fait réagir. «On nous dit souvent que c’est déraisonnable. Moi, je ne pense pas. Avec un entraînement progressif et structuré, le corps peut évoluer énormément». Au fil du programme, les participants vont passer de zéro activité à un volume pouvant atteindre 10 à 12 heures de sport par semaine. Une transformation profonde, encadrée par des coachs et suivie de très près par des scientifiques. Car « 0 to 100 » n’est pas qu’un défi sportif. C’est aussi un projet de recherche unique. «On va observer ce que ça change, concrètement, sur l’organisme. Il existe très peu d’études qui suivent des personnes sédentaires vers un objectif aussi ambitieux et aussi longtemps» souligne Guillaume Millet.
DES PROFILS LOIN DU SPORT
Les participants ont été sélectionnés pour refléter cette réalité. Des hommes et des femmes âgés de 25 à 50 ans, aujourd’hui peu actifs, parfois éloignés du sport depuis des années. Certains n’ont rien pratiqué depuis vingt ans. D’autres n’ont jamais réellement eu d’activité régulière. Tous ne partent pas du même niveau, mais tous partent de loin. D’un infirmier jusqu’au kinésithérapeute, en passant par des métiers de bureau, les profils sont variés. Une diversité qui permet aussi d’observer différentes réponses du corps à l’entraînement. Si le défi a une portée nationale, notamment avec la couverture médiatique de France Télévisions ou encore Le Monde, il s’ancre clairement dans la Loire. Sur les 40 participants, 18 sont issus du territoire. Les regroupements auront lieu notamment dans le Pilat, avec des passages au Bessat, véritable terrain de jeu pour les traileurs. Autour du projet, tout un écosystème s’est mobilisé : Université Jean Monnet, CHU de Saint-Étienne, Saint-Etienne Métropole, Département de la Loire… Tous ont répondu présent. Au total, ce sont même près de 115 personnes participent à l’aventure, entre équipe scientifique, médicale, coachs de l’École de trail et cellule communication. Au-delà de la performance, l’enjeu est clair, lutter contre la sédentarité. «On ne peut pas être en bonne santé quand on ne bouge pas. Il faut remettre de bonnes habitudes dans le quotidien.»
LE DÉFI « 0 TO 40 », UNE AUTRE APPROCHE DU SPORT-SANTÉ
Dans cette logique, un second programme vient compléter l’initiative : « 0 to 40 ». Tout aussi fort, il s’adresse à des personnes atteintes de maladies chroniques ou en situation de handicap. L’objectif ? Les amener à terminer un trail de 40 kilomètres. Là encore, sur 18 mois, avec un accompagnement spécifique, adapté à chaque profil et en lien étroit avec les équipes médicales. «Ce n’est pas une étude scientifique au sens strict comme 0 to 100, mais c’est un projet essentiel», précise Guillaume Millet. «On veut montrer que même avec une pathologie, on peut tirer des bénéfices énormes de l’activité physique.» Maladies neuromusculaires, cancers, AVC, sclérose en plaques… les situations sont diverses, mais le message reste le même : le mouvement est un puissant levier de santé.
INSPIRER PLUS QUE PERFORMER
Avec « 0 to 100 », l’ambition dépasse largement la ligne d’arrivée. Le projet bénéficie d’un important suivi médiatique, avec reportages et documentaires à la clé. Une exposition assumée. «On veut faire parler de l’activité physique, montrer concrètement les effets positifs», explique le scientifique. «Si les gens voient que ces participants vont mieux, physiquement et mentalement, ça peut déclencher quelque chose.» Les premiers retours sont déjà très positifs. Et pour Guillaume Millet, l’essentiel est ailleurs. Il souhaite créer un déclic. «Les participants seront inspirants», assure-t-il. Peut-être même qu’ils donneront envie à certains de se remettre en mouvement, et c’est là tout l’enjeu du projet.


