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Gymnastique – Lorette Charpy, la revenante

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Arrivée en 2011 au Pôle France de Saint-Etienne, la gymnaste originaire de l’Ardèche a quasiment tout connu dans le Forez.

Désormais 100% stéphanoise, Lorette Charpy a connu un long chemin de croix depuis le début de la pandémie en 2020. Blessée au visage en 2018, elle est revenue au plus haut niveau après une rééducation express. Trois ans après, quelques mois avant les Jeux Olympiques de Tokyo pour lesquels elle travaillait dur, la Stéphanoise se blesse au genou. Le verdict est sans appel : rupture des ligaments croisés. Un coup de massue terrible qui n’a pas entamé le moral de la pensionnaire de l’Indépendante Stéphanoise. Avec un mental d’acier et imperméable, Lorette Charpy est revenue dans le “game” en 2022 avec de toutes nouvelles ambitions. Pour son grand retour sur la scène internationale, la native d’Annonay a réalisé ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Une médaille d’or aux barres asymétriques à Bakou (Azerbaïdjan) en Coupe du Monde et de l’argent à la poutre. La gymnaste de 21 ans peut désormais entrevoir avec plus de sérénité son avenir qui s’écrira toujours du côté de Saint-Etienne. Un long chemin qui doit l’amener vers la compétition suprême, les Jeux Olympiques 2024 de Paris.

Il y a un an, après votre blessure (rupture des ligaments croisés du genou), pensiez-vous en être là un an après ?

L.C. : “Très honnêtement, je l’espérais oui. J’ai essayé de toujours rester motivée pour continuer à travailler dur. Je ne m’attendais pas forcément à remporter l’or à Bakou tout de suite en revenant à la compétition.”

Cette blessure vous empêche de participer aux Jeux Olympiques, comment se relever de cela à 20 ans et après tant de travail ?

L.C. : “C’était très dur. Je pense que c’est surtout dans la tête que ça a été compliqué. J’ai mis quelques jours à me rendre compte de la situation. J’ai un peu l’impression d’avoir fait un déni. Et puis rapidement je me suis tournée vers de nouveaux objectifs. Cela fait dix ans que je m’entraîne dur pour y parvenir et je n’ai pas pu atteindre cet objectif à Tokyo. Maintenant je veux continuer à me battre pour faire ceux de Paris. Cette déception, encore présente aujourd’hui, doit me servir pour aller de l’avant.”

D’où vient en vous ce mental d’acier ?

L.C. : “Je pense que c’est tout un mélange. Il y a déjà la passion pour ce sport. Je suis quelqu’un qui est en général assez sérieuse dans son travail. Je ne sais pas comment j’ai construit ce mental. J’arrive à chaque fois à revenir. Il y a eu ma blessure au visage, en 2018, où j’ai pu un peu surprendre en revenant aussi vite. Tout le monde me disait que c’était incroyable mais pour moi c’était normal, je ne comprenais pas. C’est pareil pour le genou, j’ai été sérieuse dans la rééducation et j’ai plus de recul maintenant sur cet épisode.”

Est-ce que votre entourage joue un rôle dans vos retours express à la compétition ?

L.C. : “Je pense que oui. Je n’arrive pas à comparer les deux grosses blessures que j’ai pu avoir. J’ai été très bien suivie, pour le genou il a fallu prendre des décisions sur les professionnels qui allaient m’accompagner et je pense que j’ai fait les bons choix. Que ce soit le docteur du Pôle France à Saint-Etienne, le chirurgien, le kiné, tout le monde a joué son rôle pour que je puisse revenir.”

La gymnastique est une discipline exigeante, notamment physiquement et mentalement, comment avez-vous travaillé depuis un an ?

L.C. : “J’ai fait beaucoup de visualisation depuis que j’ai eu la blessure. J’ai regardé de nombreuses vidéos et j’ai recommencé à faire des bases. Il a fallu retravailler sur des parties du cerveau pour réapprendre à visualiser les choses, ce qui est important dans notre discipline. Il y a des mouvements qui sont compliqués. Cela a été un peu les montagnes russes au niveau mental. Je commençais à paniquer et je me disais qu’il fallait peut-être que j’arrête. Je pense que j’avais aussi une fatigue psychologique mais maintenant, j’ai entièrement confiance en mon genou.”

Vous avez évoqué le soutien que vous avez reçu, notamment à Saint-Etienne, à quel point ce soutien a-t-il pu être important ?

L.C. : “C’était une période difficile. Les entraîneurs étaient en préparation olympique avec les autres gymnastes de mon groupe et j’étais un peu écartée de cela. J’ai senti quand même du soutien de la part de mon entourage et des autres filles qui m’ont aidé à revenir.”

Vous remportez, pour votre retour, votre première victoire en Coupe du Monde à Bakou, comment analysez-vous ce succès ?

L.C. : “Je sentais que j’avais perdu en confiance alors que je suis quelqu’un qui adore la compétition. Cela faisait depuis mars 2020 que je n’avais pas fait de compétition. Bizarrement, je me suis sentie détendue. Lors du premier entraînement sur place, je n’étais pas trop stressée, je cherchais mes repères. Je voulais me faire plaisir et je savais, au vu du déroulé de la compétition, que je n’avais pas besoin de faire quelque chose d’extraordinaire en finale. Je n’ai pas pensé au résultat et cette victoire me fait beaucoup de bien.”

Ce retour gagnant vous donne quelles perspectives pour 2022 ?

L.C. : “C’est bien d’avoir pu gagner mais je sais que je dois encore travailler pour performer sur les compétitions internationales. Le Championnat d’Europe en août représente l’objectif ultime pour moi en 2022. Je vais aussi faire d’autres étapes de Coupe du Monde, les Jeux Méditerranéens en juin et le Championnat du Monde en octobre.”

Les Jeux de Paris, vous y pensez déjà ?

L.C. : “Oui, forcément. Je ne veux pas brûler les étapes et cela passera par être performante année après année. Les Jeux 2024 sont encore loin et je dois prouver que je peux y aller en étant efficace sur les différents championnats.”

Vous êtes arrivée à Saint-Etienne en 2011, quel bilan pouvez-vous tirer de vos années stéphanoises, 11 ans après ?

L.C. : “J’ai envie de dire que Saint-Etienne représente tout pour moi. J’ai grandi ici, j’y ai passé plus d’années que chez moi. Le Pôle France m’a appris à avoir des valeurs, à être sérieuse et à travailler. Toute ma vie est à Sainté et je n’ai aucun regret d’être venue quand j’étais jeune. Je pense même y rester encore longtemps.”

On sent, sous l’impulsion de Mélanie De Jésus Dos Santos, un vrai engouement autour de votre discipline, est-ce que vous le ressentez ?

L.C. : “C’est vrai que Mélanie a mis un coup de projecteur à la discipline par ses performances. Je sens qu’il y a un peu de mieux au niveau de la médiatisation de la gymnastique mais il n’empêche qu’il y a encore du progrès à faire.”

On sait que la carrière d’une gymnaste se termine plus tôt que dans certains autres sports, comment voyez-vous l’avenir ?

L.C. : “Je ne me fixe pas de limite ni de barrière. Je pense que si on se donne des limites, on peut ne pas y arriver. Finalement, on ne sait pas ce qui peut se passer. C’est dur de repartir, mais j’aime toujours ça. Après ma carrière, je pense rester dans le milieu du sport, mais pas forcément avec la gymnastique.”

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