Natif de Marseille, Julien Sablé a vécu deux fois à Saint-Etienne. D’abord joueur dans le début des années 2000, il est désormais l’entraîneur-adjoint du club depuis 2017. Rencontre avec cet homme du sud définitivement adopté par le Forez.

Quand vous venez pour la première fois à Saint-Etienne, vous avez un coup de cœur pour le Chaudron. Expliquez-nous…

J.S. : “C’est vrai, il s’est passé quelque chose ce soir-là. J’avais seulement 14 ans et les clubs s’intéressent à moi. Je suis en sélection Provence Méditerranée et Saint-Etienne demande à mes parents de venir visiter les installations. J’étais pratiquement engagé avec Martigues et au dernier moment on décide d’y aller. On part de Marseille un mardi soir après l’école et quand on arrive sur le parking du stade, j’étais émerveillé. Le soir même, avec mes parents, je leur dis que je veux être ici et nulle part ailleurs. Ils savaient que j’étais déterminé. L’ASSE leur a bien vendu le projet et je n’ai aucun regret à avoir choisi le club.”

De Marseille jusqu’au Forez, comment vous-êtes vous adapté ?

J.S. : “C’est drôle maintenant parce qu’un jour, ma mère est montée en urgence me voir à Saint-Etienne. J’étais arrivé avec mes codes et ma culture marseillaise et c’est la première fois que je voyais de la neige en dehors des stations de ski. On est allé dans un magasin et on a acheté tout ce qu’il y avait de plus chaud pour l’hiver. C’était autre chose que ce que je connaissais mais j’ai très vite compris qu’ici j’appartenais à une vraie famille. La formation ici n’est pas la même qu’à Marseille. Moi, je venais d’un club de quartier et c’est bête mais je n’avais joué que sur des terrains stabilisés. Il a fallu que je mette des crampons vissés et je ressemblais plus à un skieur de fond qu’à un joueur de foot (rires). Il a fallu vite s’adapter.”

Vous remportez avec l’ASSE deux titres de champion de France en Ligue 2, que retenez-vous de ces épopées ?

J.S. : “Je n’ai pas pris conscience de l’impact du titre en 1999. J’étais encore jeune, je venais de gagner la Coupe Gambardella et je ne maîtrisais pas tout ça. Après, quand Fred Antonetti est arrivé, il a entrepris un travail de fond. On a passé deux années très compliquées en Ligue 2 où nous sommes pas loin de descendre en National. A cette époque-là, il y avait encore les plus fidèles stéphanois au stade et même si c’était compliqué, on avait plus de 10 000 personnes à Geoffroy-Guichard. On avait une équipe jeune et en 2004 on devient champion parce qu’il ne pouvait rien nous arriver. On a vu la ville reprendre des couleurs, avec notamment deux matchs avec des ambiances extraordinaires, contre Châteauroux pour le titre et contre Sochaux en Coupe de la Ligue.”

Ce match de Sochaux, perdu 3-2 dans un Chaudron en ébullition, ça vous a marqué ?

J.S. : “Le compétiteur qui est en moi n’en garde pas un bon souvenir comme nous avons perdu le match. Mais notre première mi-temps est incroyable. Déjà à l’échauffement, l’ambiance était démentielle. Le fait d’être aux portes du Stade de France était incroyable pour nous. Le club l’a d’ailleurs vraiment vécu en 2013 avec la Coupe de la Ligue. L’élimination a été difficile à accepter mais elle a été fondatrice de cette génération-là.

Vous êtes resté longtemps à Saint-Etienne (entre 1998 et 2007), pourquoi ?

J.S. : “Ce serait mentir si je disais que c’était prévu. J’ai voulu jouer à Marseille, c’est vrai, ça aurait pu se faire mais ça n’a jamais été le cas. Plusieurs fois j’ai désiré partir, notamment après les descentes. Mais à chaque fois, on voyait en moi la représentation des valeurs de la formation stéphanoise. Ce n’est pas un regret. J’ai pu voir en 2007 ce qui se passait ailleurs quand je suis parti. Que ce soit Frédéric Antonetti ou les dirigeants, ils n’ont pas mis longtemps à me convaincre. J’ai fait de belles rencontres ici qui ont été déterminantes dans ma carrière.”

Au fil des années, vous devenez capitaine des Verts et êtes apprécié des supporters. Comment avez-vous vécu cela avec eux ?

J.S. : “Quand on est jeune, on a nos places pour le stade et on pouvait naviguer à l’intérieur. J’ai passé beaucoup de temps dans les kops. D’ailleurs, quand je suis devenu directeur du centre de formation, l’une des premières décisions c’était d’envoyer la génération 2000-2001 passer un moment avec les Magic Fans. Je pense que c’est important. Faire le pogo (rires), chanter, ça crée un lien très particulier. J’ai été à l’école à Thézenas avec notamment des membres fondateurs des kops. On s’est souvent chamaillé mais j’ai un lien privilégié avec eux puisqu’ils m’ont vu grandir. Même si mon appartenance à Marseille n’a pas toujours été simple à gérer, je pense que ce qui a été apprécié c’est que j’ai toujours tout donné sur le terrain. Ici, quelqu’un d’assidu qui travaille bien est respecté. Ce qui n’est pas toujours le cas dans le sud où on est plus tourné vers le star-système. Je n’ai pas lâché et je me suis construit comme ça. Je peux dire aujourd’hui que je suis un Stéphanois.”

 

L’intégralité de notre entretien avec Julien Sablé est à retrouver dans notre magazine Parlons Sports Loire de décembre en cliquant ici : https://www.parlonssports.fr/magazine-parlons-sports-du-mois/