Champion du monde de rugby XIII fauteuil et fondateur d’un club de sport canin, Mickael Gaune aime les disciplines peu médiatisées, lui permettant de nouer des liens et de montrer que le sport est accessible à tous. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter à nos internautes et nous raconter votre parcours ?

M.G. : « Je m’appelle Mickael Gaune et je suis éducateur technique auprès de personnes souffrant de handicap mental depuis une quinzaine d’années. J’ai pratiqué une multitude de sports différents en étant plus jeune. Il y a 17 ans, j’ai découvert le rugby XIII fauteuil, une pratique handisport. C’est une pratique qui se fait en mixité handi-valide, personnellement je suis valide. J’ai pu intégrer l’Equipe de France en 2007 puis j’ai joué ma première Coupe du monde en 2008 en Australie, où on a terminé troisièmes. En 2013, j’ai vécu une deuxième Coupe de monde en Angleterre, j’étais capitaine de l’Equipe de France et on a remporté la compétition. En 2015, on a participé à notre première Coupe d’Europe, j’étais également capitaine et on a fini deuxièmes. On a joué notre dernière Coupe du monde en 2017, c’était en France et on l’a gagnée. Depuis 2019, j’ai décidé de passer le relais, de raccrocher les roues et de passer dans le staff. Aujourd’hui, je suis préparateur mental de l’Equipe de France, pour préparer les joueurs pour la Coupe du Monde 2021 en cette fin d’année. »

Quels sont les grands principes du rugby XIII fauteuil ?

M.G. : « C’est un sport qui a été créé en 2000-2001 à Roanne. Ce n’était pas forcément très connu mais ça prend une ampleur énorme depuis plusieurs années. Ça s’est beaucoup développé et on est aujourd’hui entre 40 et 50 équipes pour les championnats de France. Ça s’est aussi développé à l’étranger. Au départ, il n’y avait que la France, l’Angleterre et l’Australie, maintenant on retrouve l’Italie, l’Irlande, l’Ecosse, l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande… Concernant le règlement, on est fédérés avec la FFR XIII (Fédération Française de Rugby à XIII). On a exactement les mêmes règles que le rugby à XIII en valide. Celles-ci sont adaptées bien sûr, parce qu’on ne peut pas plaquer un joueur pour l’amener au sol. On a donc placé des flags au niveau des épaules des joueurs et le but est d’aller arracher le flag du porteur du ballon pour que ce soit considéré comme un plaquage. À partir de là, on a 5 tenues pour aller marquer. Sinon, les points sont les mêmes et les temps de jeu sont les mêmes. Par contre, on ne joue pas sur du gazon mais sur un terrain de handball, qui mesure 40 mètres par 20 mètres. On joue à cinq contre cinq et il doit y avoir un maximum de deux valides sur le terrain. »

C’est donc une discipline qui est bien développée en France…

M.G. : « Tout à fait, il y a un championnat de France, une Coupe de France, il y a tout ce qu’il faut pour les équipes françaises. Personnellement, je suis toujours resté sur l’équipe de Roanne depuis le début de ma pratique dans cette activité. Avec Roanne, on a été champions de France en 2007 et 2013. J’y ai occupé plusieurs rôles différents, j’ai été joueur, capitaine, préparateur physique, entraîneur… J’étais le seul joueur de Roanne en Equipe de France donc j’avais quelques compétences à apporter. »

Où en sont les compétitions avec la crise sanitaire ?

M.G. : « Tout est gelé. Avec les personnes handicapées qui ont une fragilité supplémentaire par rapport au virus, tout a été complètement stoppé. Le championnat de France est aujourd’hui inexistant, il n’y a aucun match et aucun entraînement. »

En espérant que la situation finisse par s’améliorer, quelles sont les prochaines échéances prévues ?

M.G. : « Il s’agit de la Coupe du monde en fin d’année en Angleterre, en espérant qu’elle soit bien mise en place et qu’on puisse la réaliser. »

« Montrer que le sport est accessible à tous, en tous sens »

En parallèle, vous êtes également impliqué dans le sport canin.

M.G. : « Oui, j’ai monté une association en juin 2020 (la Team Check Pat’ 42) sur le sport canin et notamment le cani-cross. C’est quelque chose qui est peu connu. En quittant mon activité de joueur de rugby XIII fauteuil, je voulais plutôt partir sur une discipline individuelle. Comme je n’aime pas les sports ordinaires et que je pratiquais du trail depuis un moment, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse différemment. J’ai découvert qu’on pouvait faire beaucoup de sports avec les animaux et j’ai donc monté ce club de sport canin. Cela fait à peine un an et on a déjà une grosse dizaine d’adhérents donc ça se développe. Je pratique énormément sur les trails classiques donc j’y vais avec mon chien, pour montrer qu’il y a la possibilité de créer un lien avec les animaux et de participer à des pratiques ordinaires avec un animal. Ça rejoint le rugby XIII fauteuil dans mon objectif qui est de montrer que le sport est accessible pour tous, en tous sens. Avec le rugby, je me mets moi-même en situation de handicap et non le contraire. D’habitude, on tire souvent la personne handicapée en situation valide. Là, on pousse la personne valide à se mettre en situation de handicap. »

En quoi consiste le sport canin ?

M.G. : « On est basés sur deux types de pratiques : le cani-cross, avec des distances comprises entre 6 et 8 km, où on est à fond tout le long, et le cani-trail, avec des distances d’une vingtaine de kilomètres et beaucoup de dénivelé, où il faut temporiser l’énergie de l’humain et du chien pour aller au bout sans difficulté. De manière générale, le chien et l’humain doivent vraiment être tous les deux dans un effort collectif. Il ne faut pas que ce soit le chien qui tire l’humain, ou l’inverse, il faut que l’effort vienne des deux côtés. Il doit y avoir une entente, avec des bons ordres donnés de la part de l’humain et un chien réceptif. »

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette pratique ?

M.G. : « Je veux mettre en avant le lien qui existe entre l’animal et l’humain, notamment pour les enfants puisqu’on a six enfants sur nos 15 adhérents. Je veux montrer que le chien n’est pas simplement un animal de compagnie qu’on promène, qu’on caresse et qui fait ses besoins, mais qu’il est capable de reconnaître la droite et la gauche, d’accélérer quand il faut, d’aider l’humain… Je prends un exemple. L’été dernier, lors d’un trail, j’ai fait une très grosse chute où je me suis arraché les ligaments de la cheville. Le chien a tout de suite ressenti le malaise que je pouvais avoir. Il est resté autour de moi, à me protéger pendant que j’étais au sol. On sent qu’il y a un lien qui se crée entre le chien et l’humain, c’est ce qui est extraordinaire et c’est ce que je souhaite mettre en avant. »

Merci à Mickael pour sa disponibilité.