RÉGIS JUANICO : «FAIRE DE SAINT-ÉTIENNE LA VILLE LA PLUS ACTIVE ET SPORTIVE DE FRANCE»

Regis Juanico

Quelques jours après son installation à la tête de la Ville de Saint-Étienne et de Saint-Étienne Métropole, Régis Juanico affiche une ambition claire : faire du sport un marqueur fort de son mandat. Ancien député spécialiste des politiques sportives, pratiquant de longue date et licencié au Coquelicot 42, il veut agir sur tous les fronts.

Quel rôle le sport a-t-il joué dans votre parcours personnel et politique ?

Régis Juanico : Le rôle du sport est central. Je dis souvent que je pourrais passer une semaine sans faire de politique, même si mes mandats m’en empêchent concrètement. Mais je ne pourrais pas passer une semaine sans activité physique et sportive. Toute ma vie, ça a été mon fil rouge. Mon père était professeur d’EPS et président d’un club d’athlétisme. J’ai grandi dans cet univers-là, en pratiquant très tôt différents sports. Mais l’athlétisme reste vraiment le fil conducteur. J’ai une licence depuis l’âge de 5 ou 6 ans et je suis licencié depuis 25 ans au Coquelicot 42 à Saint-Étienne. Aujourd’hui encore, même si je m’entraîne moins, je continue à lancer le poids, le disque, le marteau dans des compétitions masters. Et j’essaie de maintenir du renforcement musculaire et du cardio dans la semaine. C’est essentiel, c’est vital. Ces derniers mois ont été plus compliqués avec la campagne électorale. Mais justement, il y a maintenant une nécessité de reprendre de bonnes habitudes. J’ai demandé à mes équipes de sanctuariser du temps dans mon agenda, au moins deux heures voire une demi-journée par semaine, pour pouvoir m’aérer, prendre du recul et pratiquer.

C’est aussi une façon de garder un équilibre dans une fonction très prenante ?

Oui, parce que l’activité physique est aujourd’hui reconnue pour ses bienfaits, à la fois sur la santé physique et mentale. Quand on est élu dans une grande ville comme Saint-Étienne, c’est important de pouvoir s’oxygéner, de sortir du quotidien. Le sport joue ce rôle-là. Et c’est aussi une continuité de mon engagement. Pendant quinze ans à l’Assemblée nationale, j’ai travaillé sur les questions sportives, notamment sur le budget du sport et la lutte contre la sédentarité. J’ai produit plusieurs rapports sur ces sujets, et je continue aujourd’hui à les suivre de près.

Comment cet engagement va-t-il se traduire concrètement à Saint-Étienne ?

Nous avons des ambitions très fortes. Nous voulons faire de Saint-Étienne une ville active et sportive, une référence en France. L’idée, c’est de mettre en mouvement toute la population, des plus jeunes aux plus âgés. Pour les enfants, cela passe par l’école municipale des sports, qui permet de découvrir différentes disciplines. On a récemment mis à l’honneur Anton Dubreuil, médaillé de bronze aux championnats d’Europe de trampoline, qui a découvert sa discipline grâce à ce dispositif. C’est typiquement ce qu’on veut développer. On veut aussi agir à l’école, avec des cours d’école plus actives et végétalisées, et des abords d’établissements plus sécurisés pour favoriser les déplacements à pied ou à vélo. C’est une manière concrète de lutter contre la sédentarité dès le plus jeune âge. Dans le même temps, nous maintiendrons notre soutien aux clubs amateurs. Certaines collectivités se désengagent aujourd’hui, mais ce n’est pas notre choix. La Ville doit rester au rendez-vous, notamment sur les subventions de fonctionnement, mais aussi sur l’accompagnement au quotidien.

Vous évoquez aussi beaucoup la question des équipements sportifs ?

Oui, parce que c’est un enjeu majeur. Nous avons hérité d’équipements parfois vétustes. On ne pourra pas tout rénover en même temps, mais nous allons faire un état des lieux précis et programmer des investissements sur les sept prochaines années. Cela concerne les gymnases, les terrains, mais aussi les piscines. Nous voulons garantir le savoir-nager, qui est un apprentissage fondamental aujourd’hui. Nous nous sommes engagés à créer une nouvelle piscine dans les quartiers sud, tout en évaluant les capacités des équipements existants et les besoins, notamment pour les scolaires. Plus largement, nous réfléchissons à une approche métropolitaine sur certains équipements structurants, notamment les piscines, car les besoins sont importants et les financements de plus en plus complexes à mobiliser pour les communes seules.

Vous portez aussi une approche plus innovante avec le design actif ?

Oui, c’est une dimension importante. Saint-Étienne est une ville de design, et nous voulons le montrer à travers le design actif, c’est-à-dire des aménagements urbains qui incitent les habitants à bouger au quotidien. L’exemple de l’Agora au Chambon-Feugerolles est très intéressant. C’est un équipement accessible, très fréquenté, qui permet à tous les publics de pratiquer une activité physique. C’est un modèle que l’on peut reproduire. Nous voulons développer ce type d’aménagements à Saint-Étienne : des parcours, du mobilier actif, des espaces qui encouragent le mouvement dans la vie de tous les jours. C’est complémentaire des équipements classiques et très efficace contre la sédentarité.

On a le sentiment que votre politique autour du sport sera destinée à tout le monde ?

Oui, c’est une approche à 360 degrés. Nous voulons agir sur tous les publics : les enfants, les adultes, les seniors, les personnes en situation de handicap, les malades chroniques. Sur la perte d’autonomie, par exemple, il y a un enjeu majeur. L’activité physique adaptée permet de retarder la dépendance. Nous voulons aussi développer la prescription d’activité physique sur ordonnance, en lien avec les professionnels de santé et les structures locales. Dans cette logique, nous avons deux priorités fortes : renforcer les moyens pour les parasports et développer le sport féminin, pour mieux accompagner ces pratiques et structurer leur développement.

Certaines disciplines comme le basket ou le rugby semblent en difficulté à Saint-Étienne. Comment l’expliquez-vous ?

Notre priorité est de consolider les clubs de proximité. Ce sont eux qui forment les jeunes et qui structurent le tissu sportif. Dans certaines disciplines, des clubs ont disparu ou se sont fragilisés. Il faut recréer des dynamiques, mutualiser les moyens à l’échelle de la Métropole et renforcer le maillage territorial. C’est indispensable pour relancer certaines pratiques. Cela peut aussi passer, pour le haut niveau, par des coopérations entre clubs. Par exemple en athlétisme, on pourrait imaginer une équipe d’agglomération capable d’exister au niveau national, tout en conservant l’identité de chaque club.

Quelle place occupe l’ASSE dans votre projet ?

L’ASSE est évidemment centrale. C’est un élément structurant de l’identité stéphanoise, au-delà même du sport. Il y a l’histoire, la mémoire collective, l’attachement populaire. C’est un club qui dépasse largement le cadre du football. Aujourd’hui, nous sommes particulièrement mobilisés sur la question des groupes de supporters. Il y a une menace de dissolution qui plane, et que nous voulons absolument éviter. Nous avons déjà exprimé un avis défavorable à cette éventualité, et nous travaillons avec l’Etat, la préfecture, le club et les représentants des supporters pour maintenir le dialogue et trouver des solutions. À domicile, il n’y a pas de probleme particulier. Les matchs se déroulent dans de bonnes conditions, les groupes sont encadrés. Il reste des difficultés sur certains déplacements, mais cela se travaille. Nous pensons qu’il faut privilégier la discussion plutôt que des décisions brutales qui pénaliseraient toute une culture de supporters. Nous sommes prêts a prendre nos responsabilités. Nous avons proposé de renforcer encore la sécurisation du stade Stade Geoffroy-Guichard et de ses abords. Ce sont des investissements importants que la Métropole est prête à engager. Mais cela doit s’inscrire dans une logique de confiance. On ne peut pas, d’un côté, demander des efforts aux collectivités et, de l’autre, prendre des décisions qui fragilisent durablement l’écosystème du club Au-dela de cet enjeu, nous voulons aussi améliorer l’expérience globale autour de l’ASSE Cela passe par un meilleur accueil des supporters avant, pendant et apres les matchs, par un travail sur les abords du stade, sur les flux, sur l’animation. Nous voulons aussi renforcer le lien entre le stade et le centre-ville. Faciliter les déplacements, encourager es supporters a venir plus tot, a rester apres les matchs, a faire vivre le cour de ville. cela peut passer par des dispositifs autour des transports. par des animations, par des lieux identifies Il y a aussi toute la dimension symbolique et patrimoniale. Nous allons célébrer les 50 ans de l’épopée de 1976, en mettant à l’honneur les anciens joueurs. C’est un moment important pour la ville. Enfin, sur les questions plus structurelles, le club n’est pas demandeur d’acheter le stade aujourd’hui. Il dispose d’une convention qui lui donne une grande souplesse d’utilisation de Geoffroy-Guichard. De notre côté, nous continuons à investir dans l’outil, avec notamment la réfection complète de la pelouse cet été. Globalement, tous les signaux sont positifs sur le plan sportif et structurel. Il faut maintenant lever cette incertitude autour des groupes de supporters pour repartir sur des bases solides, notamment dans la perspective d’une remontée en Ligue 1.

SAINT-ÉTIENNE VISE LE RETOUR DES GRANDS ÉVÉNEMENTS SPORTIFS

Si la ville a connu de très grands événements sportifs depuis quelques années, à l’image de la Coupe du Monde de rugby en 2023 ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, le nouveau maire et président de Saint-Etienne Métropole compte bien relancer une dynamique sur son territoire.

«Accueillir des événements, ce n’est pas seulement une question d’image, c’est une dynamique pour toute la ville». Régis Juanico affiche clairement ses ambitions : inscrire Saint-Étienne dans une stratégie durable d’accueil de grandes compétitions. Premier symbole de cette relance, les Championnats de France de natation, organisés cet été. «Cela faisait plus de 20 ans que la ville ne les avait pas accueillis. Nous aurons les meilleurs nageurs français, dont Léon Marchand, dans une compétition qualificative pour les Championnats d’Europe. C’est une vitrine exceptionnelle.» Mais au-delà de cet événement, l’objectif est plus large. «Nous voulons installer Saint-Étienne comme une terre d’accueil régulière pour les grands rendez-vous sportifs.» Plusieurs dossiers sont déjà lancés.

BIENTÔT LE RETOUR DU TOUR DE FRANCE SUR SAINT-ETIENNE ?

Le retour du Tour de France est dans le viseur. «Nous travaillons pour une étape à l’horizon 2029. C’est un événement majeur, qui correspond à l’histoire et à l’identité du territoire.» Des discussions sont également en cours pour accueillir des étapes de Paris-Nice, ainsi que le Tour de France féminin à l’échelle métropolitaine. Le rugby n’est pas en reste. «Saint-Étienne Métropole est candidate pour accueillir les demi-finales du Top 14 entre 2028 et 2030». Côté football, la Ville souhaite aussi retrouver l’équipe de France. «Nous avons candidaté pour accueillir un match des Bleus. Cela fait longtemps que cela n’est pas arrivé». Enfin, l’athlétisme pourrait lui aussi revenir sur le devant de la scène. «Nous sommes candidats pour les Championnats de France élite. Nous allons accueillir également un étape des Masters de Pétanque en centre-ville de Saint-Etienne les 22 et 23 juillet». Pour Régis Juanico, la clé réside dans la cohérence. «Nous avons des infrastructures, des clubs, des bénévoles et une vraie culture sportive. L’enjeu, c’est de faire en sorte que ces événements profitent à toute la population».

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