Le Stéphanois de 18 ans sera pilote en Formule 3 cette année au sein de l’équipe Campos Racing. Une saison qu’il aborde avec sérénité et ambition.
Théophile, comment vous sentez-vous depuis votre victoire, il y a quelques semaines, à Macau ?
Théophile Naël : Depuis Macau et cette victoire, l’hiver n’a clairement plus la même saveur. Le travail est plus intense, plus exigeant aussi, mais forcément plus motivant. Je pars avec encore plus d’ambition que les années précédentes. Gagner une course de cette envergure met l’esprit dans une dynamique très positive et donne envie de répéter ce que l’on vient d’accomplir. Les regards sont déjà tournés vers 2026. Ce qui est important, c’est que j’ai du temps devant moi avant les tests officiels de fin février à Barcelone. Ce temps, je peux l’utiliser pour travailler en profondeur en m’entraînant, en progressant sur moi-même afin d’affiner les détails. Sans brûler les étapes. Tout est planifié cet hiver, entre préparation physique, travail sur simulateur et récupération, un aspect essentiel pour arriver prêt au bon moment.
Sentez-vous que vous avez franchi un vrai cap, dans tous les sens du terme, en 2025 ?
Oui, vraiment. Depuis mon titre en F4 en 2023, le temps passe très vite. Mais en tant que pilote, j’ai aussi beaucoup évolué. J’appréhendais un peu cette saison 2025, notamment l’arrivée dans une nouvelle équipe, avec des personnes que je ne connaissais pas. Finalement, tout s’est très bien passé, et cette expérience va clairement me servir pour la suite. J’ai su tirer des enseignements des choses que j’ai moins bien faites, notamment dans la relation avec les équipes et les ingénieurs. L’objectif maintenant est de repartir sur quelque chose de clair, solide, et de construire une base saine pour 2026.
Votre image a aussi pris de l’ampleur, à l’international, est-ce que vous sentez que des choses se passent autour de vous ?
J’ai vraiment le sentiment que quelque chose se construit, petit à petit. Comme je l’ai toujours dit, mon rôle est clair. Je dois être performant dans la voiture et faire le travail nécessaire en dehors, notamment avec les ingénieurs. Le reste viendra naturellement, sans forcer.
Je ne me prends pas la tête avec ça. Aujourd’hui, je suis totalement concentré sur mon quotidien, sur tout ce qui touche au sport automobile et sur ce que je peux faire, chaque jour, pour améliorer mes performances. Être dans cette démarche permanente d’apprentissage, c’est ce qui me guide.
La première fois qu’on vous a interviewé sur Parlons Sports Loire, c’était quand vous aviez 14 ans. Et au fond, on remarque que malgré l’ascension, vous n’avez pas changé ?
Je pense que c’est quelque chose de naturel. Ça vient de l’éducation, et c’est important pour moi de rester fidèle à ce que je suis, de garder ce côté Théophile, ce côté simple et positif. J’ai le sentiment que cette mentalité m’aide aussi à réussir. On en parlait déjà il y a quelque temps avec des amis. Se construire un entourage solide est essentiel. Aujourd’hui, entre la saison 2025 et la préparation de 2026, je peux dire que l’entourage est vraiment optimal. Je ne vois pas ce qu’on pourrait améliorer. Pour autant, je continue à me poser la question tous les jours : qu’est-ce qui peut être amélioré ? Qu’est-ce qui pourrait nuire à mon image ou freiner ma progression ? Pour l’instant, tout s’enchaîne très bien, et c’est une base précieuse pour la suite.
On imagine que les sollicitations sont nombreuses, est-ce qu’il y a des choses que vous refusez ?
Bien sûr. Dans la vie de tous les jours, il y a beaucoup de choses que je suis obligé de me refuser. C’est le quotidien d’un sportif de haut niveau. Ça passe par des sacrifices, parfois lourds, mais nécessaires. J’espère qu’un jour, tous ces efforts finiront par payer. Le jour où ce sera le cas, je serai très fier du chemin parcouru. Pour l’instant, on n’y est pas encore. Mais quoi qu’il arrive, même si je n’atteins pas le sommet, je n’aurai aucun regret. Je sais que je fais les choses à fond et que je donne tout ce que j’ai.
Vous évoquez les sacrifices, vous n’avez pas eu une adolescence comme les autres ?
Oui, c’est vrai que ce n’était pas comme pour tout le monde. De l’extérieur, beaucoup peuvent penser que la vie est belle, et en partie, c’est vrai. Je fais ce qui me plaît, donc la vie est belle, mais il y a beaucoup de sacrifices. Le sport, le simulateur, certains jours, on n’a vraiment pas envie. Comme pour n’importe quel travail, il y a des moments plus difficiles. Et c’est justement dans ces jours-là qu’il faut se relever et ne rien lâcher. Il faut se rappeler pourquoi on est là. J’ai déjà atteint un moment de ma carrière dont je peux être fier. Mais aujourd’hui, on entre dans une phase cruciale. Les deux années qui viennent, et la saison 2025 que je viens de vivre, sont déterminantes pour mon futur et pour pouvoir, un jour, devenir pilote professionnel.
Est-ce que la victoire à Macau en fin d’année dernière a tout changé pour vous ?
Depuis cette victoire, je suis très positif. Ça donne un vrai coup de boost pour la suite et j’espère que ça ouvrira des portes. Si ce n’est pas le cas, le travail restera le même l’année prochaine. Je suis surtout fier de ce que j’ai accompli. J’ai assisté à la remise des prix FIA en Ouzbékistan, et bientôt à celle de la FFSA à Paris. Ces cérémonies sont uniques, car il n’y a que les grands champions. On n’était que 25 champions du monde toutes disciplines confondues, et se retrouver dans ce cercle fermé, c’est vraiment spécial. Même moi, j’admire encore les autres champions comme Sébastien Ogier ou Lando Norris. C’est fou de se dire qu’on est presque dans le même univers.
Cette victoire est-elle la plus belle de votre carrière ?
Oui, carrément. La F4, c’était déjà quelque chose, un premier titre qui représentait beaucoup avec SaintéLoc. Mais gagner à Macao, c’est un autre niveau. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est la répétition du travail qui finit par payer, même après une année 2024 compliquée. À ce niveau, dans le sport automobile, tout le monde est rapide et constant. Ce qui fait la différence, c’est le mental. Rester calme, être au bon endroit au bon moment, savoir gérer l’excitation sans précipitation. Cette victoire montre que le travail, la patience et la concentration finissent toujours par payer.
On vous a vu dans les bras de votre père, c’était important de partager ce moment avec lui ?
Il m’a accompagné et m’a poussé à montrer ce que je pouvais faire. C’est toujours lui le premier à me dire de ne rien lâcher, surtout les jours où ça ne va pas. Grâce à lui, j’en suis là et nous arrivons à accomplir de belles choses. Et mon frère, bien sûr, être à ses côtés, c’est génial. On n’a pas grandi ensemble tout le temps, on a été assez éloignés, mais pouvoir partager ces moments sur les courses ces dernières années, avec lui à chaque fois, c’est vraiment magique.
Vous avez signé dans une nouvelle équipe, avec un nouveau statut, envisagez-vous clairement de devenir champion ?
Forcément, j’en ai envie, et je suis sûr qu’on peut y arriver. Après, annoncer ça n’est pas vraiment dans ma nature. Je n’ai jamais aimé griller les étapes ou me mettre en avant. Mais je sais que c’est possible. Tout dépendra du travail cet hiver et du début de saison, qui sera crucial, notamment pour attirer de nouveaux sponsors, des académies ou d’autres opportunités. Le départ de la saison sera déterminant.
Qu’avez-vous à changer d’ici la saison prochaine ?
Je pense que l’objectif principal, c’est de s’améliorer pendant les qualifications. À Macao, j’ai fait une qualif’ excellente, je ne pouvais pas faire beaucoup mieux. La meilleure place, la pole, c’était le fruit de beaucoup de travail entre la fin de saison de F3 et Macao. Tout ce que j’avais préparé a payé. Maintenant, il s’agit de maintenir cette constance, de reproduire ce petit déclic que j’ai trouvé et de le confirmer en F3 cette fois. Pour ça, tout passera aussi par les essais privés et officiels de l’hiver. Le rythme peut être là, mais il faut être capable de le tenir tout le temps.
Ce statut de favori, est-ce que vous vous y préparez, même mentalement ?
Oui, on s’y prépare. Dans le sport auto, d’un week-end à l’autre, tout peut changer. Tu peux faire un excellent week-end, décrocher un podium, et dès le week-end suivant, tout le monde s’attend à ce que tu répètes. Ça m’est arrivé cette année avec l’équipe VAR, et ça a été une bonne expérience. Parfois, on se met trop de pression, parfois pas assez, car il faut garder de l’adrénaline pour performer. Une fois dans la voiture, on roule surtout avec l’instinct. Tout ce qu’on a préparé devient naturel, et c’est là que la concentration totale prend le dessus. Être favori change un peu la donne puisqu’après un ou deux podiums, les regards se braquent sur toi. Mais l’expérience que j’ai acquise en F4 Espagne en 2023, et notamment à Macao après une pôle, m’aide à rester confiant. Je sais comment répéter ces performances, maintenir cette vitesse et cette constance. Si je peux jouer en haut du tableau dès le début de saison, je me sens prêt pour maintenir ce rythme.
Vous évoquez la Formule 1 depuis quelques années, est-ce toujours le rêve ultime pour vous ?
Bien sûr, on est dans les clous. Ce qu’on s’était dit, c’était de ne pas griller les étapes. Si plusieurs saisons étaient nécessaires à chaque fois, on les aurait faites. L’important, c’est d’arriver dans les catégories en étant prêt. Pour le moment, tout s’aligne bien. Cette saison sera ma deuxième en F3 et la première fois que je redouble une catégorie en saison complète. Le niveau est très élevé, donc faire deux saisons ici est crucial. Il y a aussi les points de super licence, indispensables pour espérer atteindre la Formule 1. Ça ne se fait pas par hasard, il faut des résultats. La Formule 1 reste bien sûr dans un coin de ma tête. Elle se rapprochera encore plus si je parviens à aller en Formule 2, surtout avec le soutien d’une académie, car la chance de rouler en Free Practice devient réelle. En attendant, il faut avant tout réussir cette saison de F3, ouvrir le plus de portes possibles pour 2027 et préparer la Formule 2.
Vous ressentez le soutien des Stéphanois ?
Carrément. C’est vraiment sympa, je sens un vrai soutien de tout le monde, et ils sont tous très contents pour moi. Je reçois beaucoup de messages, souvent avec le mot d’ordre “Rends les Verts fiers”. C’est génial. Et ce n’est pas seulement Saint-Étienne. À Roanne aussi, je sais qu’on me suit. Aujourd’hui, je prends le temps de répondre aux messages que je reçois, et j’apprécie énormément ce lien avec les supporters. C’est vraiment top.


