Inconnu du Peuple Vert il y a un an, Yvan Neyou est désormais l’une des pièces centrales de l’effectif de Claude Puel. Retour sur un parcours semé d’embuches pour celui qui jouait en équipe réserve de Braga (Portugal) il y a encore quelques mois.

Dans quel cadre le petit Yvan a découvert le football ?

J’ai découvert le football lorsque j’étais en classe de CM1. C’est un peu plus tard que tous mes copains parce que ma mère ne voulait pas m’inscrire dans un club quand j’étais plus petit. Je jouais beaucoup dans la cour de récréation et mes amis me répétaient “Yvan t’es pas mal au foot”. A force, j’ai insisté pour jouer encore plus. 

 

Devenir footballeur professionnel, est-ce que cela a toujours été dans vos plans ?

Pour être honnête, je l’ai imaginé très tardivement. C’est quand je suis arrivé à Clairefontaine que je me suis dit que c’était possible. Je n’ai pas vraiment de rêve, je vis surtout au jour le jour. Ce que je voulais, quand j’étais jeune, c’était que ma mère me laisse sortir dehors pour jouer au football.

 

Votre itinéraire jusqu’à la pelouse de Geoffroy-Guichard n’a pas été un long fleuve tranquille. Vous êtes notamment passé par Auxerre, Sedan, Laval… Avez-vous toujours cru en vous ?

Oui, et je pense que c’est une qualité. J’ai toujours cru en moi, ça vient de mon caractère. Dans ma famille, on est comme ça. Nous n’aimons pas nous morfondre. Si on commence à se plaindre constamment, le temps passe et on ne fait rien. Il faut toujours se dire que demain sera meilleur.

 

Votre famille a eu un rôle important dans votre parcours ?

Je pense que oui. J’ai toujours été très proche de ma mère, mes frères et mes oncles. Ces derniers jouaient d’ailleurs au football dans les clubs de ma ville et j’allais souvent les voir. J’étais fier d’aller les encourager.

 

On imagine que maintenant, ce sont eux qui sont fiers de vous…

Ils le sont et ils me le font souvent comprendre. Lorsqu’on se voit, on parle de football. Il m’arrive souvent d’en parler avec ma grand-mère, d’évoquer les prochains matchs ou ceux déjà joués. C’est une fan de foot.

 

Avez-vous déjà pensé à tout arrêter ?

Cela m’a déjà traversé l’esprit, oui. Quand c’était le cas, j’essayais de relativiser. Je me disais qu’il y avait bien pire dans la vie. Ce n’est que du football. 

 

Vous quittez la France pour le Portugal, pourquoi ce choix ?

Je pensais, quand j’étais à Laval, que beaucoup de gens du milieu du foot me connaissaient mais que personne ne voulait de moi. Après, quand ça n’allait plus à Braga, dans mon esprit je voulais revenir en France. Je voulais jouer, seulement jouer. A 23 ans, j’’avais rarement fait une saison à plus de 25 matchs.

 

Vous évoluiez avec la réserve de Braga quand l’AS Saint-Etienne vous appelle, quel fut votre sentiment ?

Pour être honnête, j’étais à la fois heureux et inquiet. J’avais “le cul entre deux chaises” comme on dit. Plusieurs fois auparavant, j’ai eu des opportunités qui ne se sont jamais faites. Je me disais que la porte pouvait vite se refermer. J’ai donc attendu le moment de la signature pour y croire vraiment. Entre le moment où le coach m’a confié vouloir me recruter et l’instant où j’ai signé, il s’est passé un mois et demi. Cela a été long et j’ai douté à certains moments. Braga ne voulait pas me laisser partir mais je voulais absolument avancer.

 

Vous arrivez plutôt discrètement à l’ASSE, qui s’apprête à disputer la finale de la Coupe de France contre le PSG. Ce 24 juillet 2020, racontez-nous ?

(Rires) J’ai souvent l’impression que les gens ne se rappellent que de ça ! Pour tout expliquer, je sortais de ma chambre d’hôtel au moment de l’annonce du groupe. Je me disais que si je n’étais pas dedans ce n’était pas grave, j’avais quand même bien bossé pour y être. J’étais donc content de voir mon nom, j’ai appelé ma famille pour leur dire. Ils m’ont dit “Yvan, c’est déjà très bien, être en tribunes c’est quelque chose de fou, il ne faut pas lâcher”. Quand on a une opportunité dans la vie, il faut en profiter et avancer. Je vois alors que je suis dans les 20, je savais alors que j’étais au moins sur le banc. J’ai fait du chemin pour en arriver jusque-là. Il y a quelques mois, lors du premier confinement, je ne jouais plus du tout au football. Alors jouer une finale de Coupe de France, je ne pouvais rêver mieux.

 

Une mi-temps face au PSG et une rentrée en jeu remarquée, qu’est-ce qui est ressorti de ce match d’un point de vue personnel ?

Je pense que j’ai saisi pleinement cette opportunité. J’ai toujours rêvé de passer des moments comme ceux-là dans ma vie de footballeur. J’ai donné tout ce que j’avais et j’ai profité à fond du moment. J’ai joué décomplexé. 

 

Vous avez changé de dimension depuis votre arrivée, quel regard portez-vous sur ces neuf premiers mois à Saint-Etienne ?

Je suis très heureux d’être à Saint-Etienne. Le club m’a beaucoup apporté, peut-être plus qu’aucun club au monde n’aurait pu me donner. Mais ce qui me laisse un goût amer et que je voudrais vivre par-dessus tout ici, c’est les supporters. Avant d’arriver, je connaissais surtout l’ASSE grâce au public.

 

Justement, vous n’avez jamais joué dans un Geoffroy-Guichard plein, quelles relations avez-vous avec le public, les supporters et les Stéphanois ?

Je n’arrive pas trop à me rendre compte des choses pour le moment. Des fois, on me reconnaît dans la rue on me dit “Neyou, c’est super ce que tu fais”. On me demande souvent des photos dans la ville ou dans les centres commerciaux. Et puis je reçois beaucoup de messages sur les réseaux sociaux. Parfois, des internautes m’envoient des “je t’aime”. Et bien je réponds “moi aussi je t’aime”. Cela montre à quel point ils ont confiance en moi et je ne sais pas comment les remercier.

 

Si je vous parle du 16 décembre 2020, qu’est-ce que cela vous inspire ? (premier but en Vert contre Bordeaux)

C’est vrai que ce moment m’a marqué. Mais en fait, le truc pour lequel j’étais le plus content, c’était la victoire ce jour-là. On travaillait bien depuis quelques semaines sans être récompensés de nos efforts. Après, le but, c’est évidemment une sensation inédite mais je retiens surtout le succès de l’équipe.

Vos performances vous ont grandement rapproché de la sélection camerounaise, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Pour moi c’est quelque chose de grand. Représenter la nation, c’est également représenter ma famille. Je sais désormais que j’ai une nouvelle image à assumer. Cela me responsabilise.

 

Est-ce une juste récompense selon vous au regard de votre parcours ?

Ce rêve, je le dois au fait que je n’ai jamais rien lâché. Je ne suis pas le plus grand des bosseurs mais je travaille beaucoup pour y arriver. Je me considère un peu chanceux. J’ai été récompensé de mes efforts.

 

Que diriez-vous aux jeunes qui rêvent d’un parcours identique au vôtre ?

Il faut absolument croire en soi. Ne rien lâcher, certes, mais aussi faire attention aux critiques et ne tirer que du positif. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Si on a envie de réussir, il faut s’en donner les moyens.

 

Photo : asse.fr