Arrivé il y a quelques mois à la délégation aux sports de la mairie de Saint-Étienne, Ali Rasfi veut soutenir les bénévoles, aider les clubs à progresser et ouvrir davantage la pratique à tous. L’élu évoque aussi les équipements, l’ASSE et son propre parcours.
Quel regard avez-vous porté sur le sport stéphanois à votre arrivée ?
Ali Rasfi : Il ne se portait pas trop mal, grâce aux bénévoles qui font vivre les associations. Mais leur moral était en berne. La crise du bénévolat, la fin des contrats aidés et la baisse du soutien de l’État rendent l’avenir incertain. Localement, on avait aussi pris l’habitude de voir certains clubs comme de simples associations de quartier. Pourtant, ce sont les petites rivières qui font les grandes. Ces clubs ont des jeunes qui veulent progresser. Nous devons les accompagner.
Avec quelle priorité ?
Il y a deux dimensions. Le sport crée du lien, encourage le bénévolat et permet de vivre ensemble. Mais il faut aussi donner aux clubs les moyens d’être compétitifs, de passer du niveau départemental au niveau régional, voire national pour certains. Ils ont le droit de viser plus haut.
Les championnats de France de natation ont marqué vos premiers mois. Qu’en retenez-vous ?
Saint-Étienne avait déjà accueilli cette compétition. Il y a un savoir-faire, des personnes mobilisées et une piscine Raymond-Sommet qui, malgré son âge, reste capable de recevoir un tel rendez-vous. Sa position centrale est aussi un atout. C’est un argument à faire valoir pour accueillir d’autres événements.
Vous pensez notamment au Tour de France ?
Oui. Saint-Étienne est associée au football, mais elle possède aussi une grande histoire avec le cycle, son industrie et ses champions, comme Roger Rivière. Le Tour y est déjà passé à plusieurs reprises. Nous aimerions le voir revenir. Ce type d’événement permet de montrer à l’extérieur que Saint-Étienne est la ville des sports, au pluriel.
Le basket et le rugby, qui sont plus en difficulté à Saint-Étienne même, peuvent-ils retrouver une place plus forte dans la ville ?
Nous avons constaté une perte de compétitivité dans ces deux disciplines, même si des clubs continuent à faire du bon travail, notamment auprès des jeunes. La question est de savoir si nous pouvons mutualiser des moyens humains et matériels à l’échelle métropolitaine. C’est une piste sur laquelle nous allons travailler, en discutant avec les clubs concernés.
Quelle place l’ASSE occupe-t-elle dans votre mandat ?
Une place centrale. Le football reste extrêmement populaire et l’ASSE bénéficie d’un capital de sympathie dans toute la France. Il faut travailler sur cet héritage sans vivre dans le passé. Nous avons rencontré les nouveaux dirigeants et leur avons exprimé notre souhait de voir les Verts retrouver rapidement la Ligue 1, puis reprendre progressivement une place importante dans le football français, voire européen. La ferveur, elle, est toujours là. Geoffroy-Guichard a une force de résonance incroyable pour la ville.
D’où vient votre attachement personnel au sport ?
Je viens d’un milieu ouvrier et d’un quartier populaire. Le sport a été pour nous une école de la vie. Des éducateurs bénévoles nous ont transmis le travail, la solidarité et le respect des différences. Cela a compté dans ma construction, enfant, adolescent puis adulte. J’ai ensuite voulu transmettre à mon tour ce que j’avais reçu en devenant bénévole dans un club.
Quel sport avez-vous pratiqué ?
Surtout le football. Je suis tombé dedans tout petit, dans un quartier où le club tenait une place importante. J’aime aussi le cyclisme et, plus largement, les sports collectifs. Dans une équipe, personne ne gagne seul. C’est une valeur essentielle dans une société de plus en plus individualiste.
À quoi reconnaîtrez-vous un mandat réussi au niveau du sport ?
D’abord, au fait d’avoir aidé des clubs à franchir un cap et à atteindre les objectifs sportifs qu’ils se sont fixés. L’accompagnement peut être matériel, mais il passe aussi par l’écoute et la présence des élus au bord des terrains. Ensuite, j’aimerais que davantage de Stéphanois pratiquent une activité, en club ou librement, que ce soient les femmes, les personnes en situation de handicap, les enfants et tous ceux qui sont aujourd’hui éloignés du sport.
Quels équipements faudrait-il développer ?
Les quartiers sud sont moins bien dotés que ceux du nord. Une piscine pourrait être envisagée, tout comme un bassin extérieur. Nous avons aussi des installations vieillissantes et les épisodes de chaleur rendent ces besoins plus visibles. Enfin, je crois beaucoup aux espaces de pratique libre avec des parcours et des agrès modernes, accessibles et sûrs. Tout le monde ne peut pas se rendre dans un club à horaire fixe. Les contraintes professionnelles et familiales ne sont pas les mêmes pour tous. Il faut permettre à chacun de faire du sport au moment qui lui convient.
STAT 6 000
C’est le nombre de participants à la course solidaire “La Sainté Rose”, qui rassemble début octobre sur Saint-Étienne pour lutter contre le cancer du sein. Les fonds récoltés sont reversés à la Ligue contre le cancer de la Loire.


