PIERRE GAGNAIRE CHEF MULTI-ÉTOILÉ
» UN SOUVENIR COLLECTIF POUR TOUTE LA FRANCE «
« Je ne rattache pas mon histoire avec l’AS Saint-Étienne uniquement à la finale de 1976. Bien sûr, c’est un moment immense, un souvenir collectif pour toute la France, mais pour moi, ce club va bien au-delà. À cette époque, je venais de revenir à Saint-Étienne et j’étais plongé dans des problématiques personnelles importantes. Je travaillais énormément, je construisais ma vie, donc je n’ai pas vécu cette finale comme certains, les yeux rivés sur le match. En revanche, ce que je ressentais, c’était cette émotion collective, cette ville qui vibrait à l’unisson. Mes racines avec l’ASSE remontent à bien avant. C’est celle de mon enfance, de Mekloufi et de toute cette génération que je connais presque par cœur. Geoffroy-Guichard fait partie de cette histoire, de cette âme qu’il ne faut surtout pas perdre. Pendant l’épopée, même sans être au stade, on sentait que quelque chose de fort se passait. Chaque match était un moment de bonheur partagé. Je me souviens particulièrement d’un soir, contre Eindhoven, le jour de la naissance de mon fils. Dans mes restaurants, il y avait une effervescence incroyable. Le football dépassait tout, c’était un phénomène social. Cette équipe, c’était avant tout un collectif, avec des joueurs comme Larqué, Sarramagna ou Curkovic, mais surtout une vraie intelligence de groupe. C’est ça qui reste, bien plus qu’un simple match ».
JÉRÉMY GUICHARD DIRIGEANT DE LA BRASSERIE GEOFFROY-GUICHARD
» DONNER DU SENS À LA BRASSERIE GEOFFROY-GUICHARD, C’EST FAIRE VIVRE L’HÉRITAGE DE 76 «
« Ces 50 ans de l’épopée des Verts de 76 sont symboliques. Nous, à la Brasserie Geoffroy-Guichard, nous allons aussi fêter cet anniversaire. Le 28 mai, on organise un dîner caritatif avec neuf anciens Verts et plusieurs invités. On a créé une association, La Part des Anges Verts, pour soutenir différentes structures comme La Légende des Verts, Une balade pour Justine et Lou et l’AFM Téléthon. Il y aura 130 places et cinq chefs. L’idée, c’est vraiment de donner du sens à ce lieu et à cet anniversaire de 1976, de faire en sorte que ce ne soit pas seulement de la mémoire, mais aussi un moment utile et concret. Pour moi, cette dimension historique est essentielle. La brasserie est directement liée à l’épopée de 1976. Sans cette histoire, il n’y aurait pas cet engouement autour du lieu. Les anciens Verts sont un peu les parrains naturels, ceux qui incarnent cette mémoire. C’était donc évident de les associer, de les mettre à l’honneur sans même se poser de question. On a voulu construire quelque chose qui rassemble, qui mêle le football, la gastronomie et la solidarité. Ce dîner, c’est aussi une manière de prolonger l’émotion collective que représente 76, mais en la transformant en action. Réunir des grands chefs, des figures du club et du public autour d’une même soirée, dans un lieu aussi symbolique, c’est fort. »
DIDIER BIGARD JOURNALISTE
» FATALE FINALE «
« Pourquoi on en parle encore ! » écrivions-nous pour le quarantième anniversaire de la finale de Glasgow dans un livre édité par Le Progrès. Nous expliquions alors. « Non, Saint-Étienne n’était pas une ville normale en 1976. Et l’ASSE n’était pas une équipe ordinaire. Sinon, quarante ans après on ne parlerait pas encore de cette finale, partout dans l’hexagone ». C’est comme si en 2008 on nous avait rabattu les oreilles avec l’aventure des Bleus de Kopa en Suède. Inconcevable même avant le zapping médiatique. Mais magique. Il y a eu ceux qui étaient en Ecosse, ceux qui ont bricolé leur télé dont l’écran se troublait, ceux qui ont transmis la légende et la passion à leurs gosses ou petits enfants devenus fans pour porter le flambeau dans les kops. Moi, j’étais sur le canapé de mes parents, dans ce HLM plongé dans l’attente, l’espoir ou l’angoisse, drapé dans la fatalité de ceux qui auraient voulu traverser la Manche mais dont le boulot ou le manque de moyens avait suspendu le rêve. La même fatalité qui avait mis hors circuit Farison et Synaeghel, mis sur la touche Rocheteau. La même fatalité qui a offert un coup-franc à Roth, qui a mis des poteaux carrés face à Santini et Bathenay. Ce goût amer, je l’ai encore aujourd’hui malgré le défilé des Champs-Elysees qui a un peu plus teinté la France de vert. Les images je les ai toujours en tête, en noir et blanc. « Je n’ai jamais revu la finale nous avait dit Robert Herbin il y a dix ans. Nous non plus. »

