Une saison d’exploits

Jacques Santini of St Etienne during the European Cup Final between Saint Etienne and Bayern Munich at Hampden Park, Glasgow on 12th May 1976 Photo : PA Images / Icon Sport   - Photo by Icon Sport

Les Verts, il y a cinquante ans, rentraient dans l’histoire du football français grâce à cette fabuleuse épopée. Revenons, ensemble, sur le chemin qui a mené Robert Herbin et ses joueurs vers une saison de légende.

COPENHAGUE, L’ENTRÉE EN MATIÈRE (2-0, 3-1)

C’est le top départ de la Coupe des Clubs Champions version 1975-1976. Pour rappel, seuls les clubs champions dans leur pays sont qualifiés pour la compétition à l’époque. Le premier tour pourrait presque passer inaperçu. Sur le papier, le club danois de Copenhague ne semble pas en mesure de faire vaciller les Verts. Pourtant, sur la pelouse danoise, il faut attendre que la machine stéphanoise se mette en route. Une première période maîtrisée sans être décisive, puis le verrou saute. Deux buts inscrits à l’extérieur, une victoire 2-0… Saint-Étienne lance sa campagne avec sérieux. Au retour, dans un Geoffroy-Guichard qui commence à frétiller, les hommes de Robert Herbin confirment sans trembler (3-1). Ce n’est qu’un début, mais la mécanique est déjà bien huilée. Les Verts avancent, sûrs de leur force.

GLASGOW RANGERS, L’HISTOIRE QUI BASCULE (2-0, 2-1)

Le tirage suivant, en huitièmes de finale, a des airs de revanche. Glasgow Rangers, premier adversaire européen de l’histoire du club, se dresse à nouveau devant les Verts. Comme un signe du destin. Dix-huit ans après l’échec, le contexte est différent. Les Stéphanois ont grandi, mûri, et surtout, ils refusent de subir. À l’aller, à Geoffroy-Guichard, Saint-Étienne impose son rythme. Patrick Revelli ouvre la voie, Dominique Bathenay assomme les Écossais en fin de match (2-0). Un avantage précieux, mais pas encore décisif. Car à Ibrox Park, le défi est immense. Le public pousse, les Rangers tentent d’imposer leur combat. Mais cette fois, les Stéphanois ne plient pas. Mieux, ils répondent. Victoire 2-1 sur le sol écossais. Une première pour un club français. Plus qu’une qualification, c’est un signal envoyé à l’Europe. Une preuve de plus que cette équipe ne recule devant rien.

DYNAMO KIEV, LA NUIT FONDATRICE (0-2, 4-1)

Puis vient le moment où tout bascule. C’est l’heure, déjà, des quarts de finale de la Coupe des Clubs Champions. Le Dynamo Kiev n’est pas un adversaire, c’est une référence. Tenant de la Coupe des Coupes, emmené par Oleg Blokhine, Ballon d’Or, le club ukrainien incarne ce qui se fait de mieux en Europe. À l’aller, dans le froid de Simferopol, les Verts souffrent. Battus 2-0, ils semblent condamnés. L’écart est logique, presque sévère. Le retour s’annonce comme une mission impossible. Mais Saint-Étienne ne renonce pas. Mieux, il prépare. La bande à Robert Herbin croit en ses chances. À Geoffroy-Guichard, la soirée devient irréelle. Longtemps cadenacée, la rencontre bascule. Tout commence par un geste. Celui du retour héroïque de Christian Lopez, qui empêche le but du 0-1. Une action défensive aux conséquences immédiates puisqu’Hervé Revelli vient ouvrir le score dans la foulée. Ensuite, tout s’enchaîne. Les Verts poussent, insistent, font plier une équipe que l’on disait intouchable. Jean-Michel Larqué marque un deuxième but sur coup franc et remet les deux équipes à égalité. En prolongations, alors pris de crampes, c’est Dominique Rocheteau qui libère le stade et envoie Saint-Etienne en demi-finale. Le Chaudron explose, Kiev vacille. L’impossible devient réalité. Ce soir-là, l’AS Saint-Étienne ne gagne pas seulement un match. Il change de dimension. Il entre dans une autre histoire.

PSV EINDHOVEN, LA RÉSISTANCE DES HÉROS (1-0, 0-0)

En demi-finale, les Verts ne sont plus une surprise. Ils sont attendus. Respectés et redoutés. Face au PSV Eindhoven, les coéquipiers d’Osvaldo Piazza font le match qu’il faut. Un but du capitaine, encore sur coup-franc, Jean-Michel Larqué permet à Saint-Etienne de l’emporter sur le score de 1-0. Le retour, aux Pays-Bas, s’annonce étouffant. Et il le sera. Le PSV attaque sans relâche, multiplie les occasions. Mais il se heurte à un mur nommé Ivan Curkovic. Le gardien stéphanois livre un match hors normes, enchaîne les arrêts, repousse l’inévitable. Autour de lui, toute l’équipe résiste. Elle plie, parfois, mais ne rompt jamais. Dominique Rocheteau croit offrir la délivrance, mais son but est refusé. Peu importe. Les minutes passent, la tension monte, puis l’exploit se dessine. Saint-Étienne tient. Jusqu’au bout. Avec courage, avec solidarité, avec cette force invisible qui accompagne désormais les Verts. Celle des équipes qui refusent de céder. La France tout entière bascule dans la folie verte.

BAYERN MUNICH, LES POTEAUX CARRÉS ET L’ÉTERNITÉ (0-1)

Le 12 mai 1976, à Glasgow, le destin attend les Verts. En face, le Bayern Munich, double tenant du titre, armé de stars et d’expérience. Sur le papier, l’écart est immense. Sur le terrain, il va disparaître. Dès les premières minutes, Saint-Étienne refuse de subir. Les Verts jouent, pressent, bousculent les Allemands. Et puis, il y a cette frappe de Dominique Bathenay qui s’écrase sur la transversale. Quelques minutes plus tard, Jacques Santini touche lui aussi le cadre. Pas n’importe lequel, ces fameux poteaux carrés d’Hampden Park, qui ne renvoient pas le ballon comme les autres. Le match bascule sur ces détails. Sur ces centimètres. Sur ce destin qui hésite. En face, le Bayern reste clinique. Sur coup franc, Franz Roth trouve l’ouverture. Les Stéphanois ne lâchent rien. Ils poussent, encore et encore, jusqu’à l’épuisement. Mais cette fois, l’exploit ne viendra pas. Pas sur la pelouse. Au coup de sifflet final, les Verts sont battus. Mais dans les tribunes, dans les rues, dans tout un pays, quelque chose a changé. Cette équipe a uni la France, porté un rêve collectif et écrit une histoire qui dépasse le football.

30 000 : C’est le nombre de supporters des Verts ayant fait le déplacement jusqu’à Glasgow pour la finale de 1976.

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