VIOLENCES DANS LE SPORT «LES CLUBS DOIVENT ÊTRE PRÊTS»

Violence Sport

Depuis huit ans, Julie Junquet accompagne clubs et collectivités face aux violences. Pour cette consultante de 37 ans, sensibiliser ne suffit pas. Les structures doivent savoir accueillir une révélation et protéger sans attendre.

Violences physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles, harcèlement, discriminations : Julie Junquet aborde le phénomène dans toute sa diversité. Elle refuse également de le réduire aux seuls mineurs. «La prévention commence très tôt, mais elle ne s’arrête pas à 18 ans. Les sportifs de haut niveau peuvent aussi être victimes d’emprise. La majorité change le cadre légal, mais elle ne fait pas disparaître les violences». Après avoir notamment construit un projet avec l’AS Lyon-La Duchère, elle poursuit aujourd’hui son travail auprès de l’ASUL et de nombreuses structures, principalement dans la métropole lyonnaise, mais aussi à Saint-Étienne et dans d’autres régions. Son approche évolue selon les publics. Avec les plus petits, notamment autour du baby-volley, elle s’appuie sur des jeux de médiation pour parler du corps, du consentement et des gestes acceptables. «Il faut leur faire comprendre très tôt que non, c’est non». Avec les adolescents, elle privilégie les échanges pour poser des mots sur des situations parfois banalisées. Auprès des adultes et des encadrants, l’objectif est de construire une organisation capable de réagir.

REPÉRER SANS MENER L’ENQUÊTE

Un changement soudain de comportement, un isolement ou des crises de larmes peuvent constituer des signaux d’alerte. Julie Junquet évoque également les scarifications, les troubles alimentaires ou les violences dirigées contre soi-même ou contre les autres. Pris séparément, ces éléments ne prouvent rien. Leur accumulation doit néanmoins conduire l’entourage à s’interroger. «S’il existe un doute, il ne faut pas rester seul avec. On peut en parler à une personne de confiance dans le club, à une association spécialisée, à l’infirmière scolaire ou à un professionnel de santé». Lorsqu’un enfant se confie, elle recommande d’accueillir sa parole sans l’interroger longuement ni tenter de vérifier soi-même les faits. Un récit traumatique peut être fragmenté, hésitant ou sembler incohérent. «Ce n’est pas à nous de faire le travail d’enquête. Une révélation est terrifiante à entendre, mais c’est aussi un cadeau. L’enfant nous fait suffisamment confiance pour parler.» La priorité consiste alors à le protéger, à préserver son identité et à effectuer les signalements nécessaires.

NE PAS ATTENDRE LA RÉVÉLATION

Pour un club, l’apparition d’une affaire peut provoquer «un véritable tsunami». Signalement au procureur, échanges avec les services de l’État, éventuelle suspension d’un éducateur, communication et accompagnement des bénévoles… Les dirigeants peuvent rapidement se retrouver dépassés. «Les problèmes existent et ils ne disparaîtront pas parce qu’on refuse de les regarder. Les clubs doivent être accompagnés avant d’y être confrontés». À Lyon, l’attribution de certaines subventions est désormais conditionnée à la participation des structures sportives à des ateliers consacrés aux violences. Julie Junquet y voit un signal positif, mais estime qu’une intervention isolée ne peut pas suffire. «Six mois après une sensibilisation, que reste-t-il ? Il faut des contacts identifiés, une procédure claire et une véritable boîte à outils». Son principal conseil aux clubs tient en deux mots : bien s’entourer. Associations de protection de l’enfance, collectivités, services de l’État et professionnels spécialisés doivent constituer un réseau mobilisable immédiatement. «Protéger un enfant, c’est aussi protéger l’adulte qu’il deviendra» insiste-t-elle. Aucun sport, individuel ou collectif, ni aucune structure n’est à l’abri. Lorsqu’une victime parle, l’urgence est de l’écouter, de la croire et de la mettre en sécurité.

L’INFO EN + — 1 SUR 7

Un enfant sur sept serait victime de violences dans le cadre de sa pratique sportive, toutes formes de violences confondues. Ce chiffre est issu d’une étude européenne publiée en 2021.

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