Crédit photo : Mathilde GOMARD
Entre la remontée de la Chorale de Roanne dans l’élite, le maintien du LNTT en Pro A, la progression du Roannais Foot 42 ou encore l’accession du Riorges Tennis Padel en Pro B, le sport roannais traverse une période particulièrement dynamique. Maire de Roanne et président de Roannais Agglomération, Yves Nicolin analyse cette réussite collective.
Avec plusieurs clubs qui franchissent des caps importants, avez-vous le sentiment que le sport roannais est en train de changer de dimension ?
Yves Nicolin : Je ne suis pas certain que l’on puisse dire qu’il change de dimension, parce que le Roannais a toujours connu de belles performances sportives. Il fut un temps où c’était l’aviron, le vol à voile, avec des champions du monde ou des champions olympiques. Et bien évidemment, le basket fait partie de l’ADN des Roannais. La Chorale, c’est historique, avec deux titres de champion de France dans l’élite, un nouveau titre de champion de France cette saison en Élite 2, et ce retour au plus haut niveau qui est très important pour nous. Mais il n’y a pas que le basket. On l’a vu cette saison avec le tennis, qui reste plutôt un sport individuel mais qui permet à Riorges de briller, avec le LNTT dans une phase positive, avec le hockey également. Tout cela repose d’abord sur un tissu sportif et associatif très développé. La quasi-totalité des disciplines peut être pratiquée sur notre territoire. Nous avons aussi la chance d’avoir, à la tête des clubs, des dirigeants impliqués, des bénévoles, qui veulent développer leur discipline et atteindre des niveaux leur permettant de briller.
Quel rôle jouent la Ville et l’Agglomération dans cette dynamique ?
Notre rôle est d’accompagner. La Ville, l’Agglomération, le Département aussi, soutiennent ce mouvement. Nous avons la chance d’avoir des infrastructures de très bon niveau. Sans ces infrastructures, certains clubs n’auraient pas pu franchir ces paliers. Je pense simplement à la Chorale : si je n’avais pas pris la décision, en 2007, d’agrandir la Halle André-Vacheresse pour passer à 5 000 places, la Chorale n’aurait peut-être pas pu retrouver l’élite aujourd’hui. C’est la même chose pour le hockey, qui existe à ce niveau parce que nous avons une patinoire, même si toutes les villes moyennes n’en disposent pas. Cette patinoire est aujourd’hui fatiguée et devient un pari difficile à tenir chaque année, avec des déficits d’exploitation de plus en plus lourds. Pour le tennis de table, qui a atteint le niveau professionnel, nous avons également engagé des travaux afin de mieux accueillir les spectateurs. On essaie donc d’accompagner au mieux, tout en gardant une vision réaliste.
Cette réussite sportive participe-t-elle à l’image et à l’attractivité de Roanne ?
Bien sûr, et nous le faisons aussi pour cela. Notre politique sportive est double. D’un côté, il y a le sport pour tous, avec notamment le Pass’Sport que nous avons mis en place, afin de permettre aux jeunes de découvrir plusieurs disciplines sans avoir à payer plusieurs licences. C’est aussi pour cela que nous avons un nombre important d’équipements, pour que les clubs qui ne visent pas forcément l’élite puissent permettre aux jeunes de pratiquer une activité. Et puis il y a le sport d’élite, qui offre une visibilité plus forte. Il permet à des Roannais, ou à des sportifs qui évoluent dans nos clubs, d’atteindre des niveaux plus médiatisés. Il attire aussi du public. Il faut percevoir cela comme un spectacle. La Chorale, par exemple, est le club que nous soutenons le plus, il faut être honnête, mais c’est aussi parce qu’il y a une dimension spectaculaire avec entre 4 000 et 5 000 personnes à chaque match. Tous les quinze jours, cela remplit une salle et génère des retombées.
La montée du Roannais Foot 42 en Régional 1 marque aussi un signal fort pour le territoire. Quel regard portez-vous sur cette progression ?
La Régional 1, c’est encore un niveau régional, même si le club se rapproche des divisions nationales. Mais je suis très satisfait de ce que fait le Roannais Foot. Sa réussite vient, selon moi, de la professionnalisation du staff, des équipes et des dirigeants. Pour progresser, il faut traiter les choses comme une véritable entreprise. C’est ce que le club a engagé. Nous avons aussi fait des efforts pour l’accompagner, notamment en mettant à sa disposition un espace qui lui permet de faire du réceptif. C’était un manque. Aujourd’hui, cet outil permet au club d’aller chercher des partenaires et de leur offrir des contreparties. C’est important dans le développement d’un club. Les collectivités ne peuvent pas tout financer, donc les structures doivent aussi être capables de se développer avec le privé.
Justement, quand les clubs progressent, la question des équipements revient forcément. Comment gérez-vous ces demandes ?
Nous avons un contact permanent avec les clubs. Lorsqu’il y a des montées ou des évolutions importantes, ils sont d’abord en lien avec nos services, avec le service des sports, avec les élus en charge du sport, et bien sûr ils viennent régulièrement me voir en tant que maire. Ce qui nous satisfait, c’est que la plupart des dirigeants ont la tête sur les épaules. Ils sont conscients que les collectivités ne peuvent pas tout faire. Ils sont assez raisonnables dans leurs demandes. Et quand certains ne le sont pas, on leur rappelle vite les contraintes de l’exercice. Nos moyens ne sont pas extensibles. Nous avons beaucoup investi et nous continuons à le faire, mais il faut faire des choix. Nous avons mis à niveau des gymnases, construit de nouveaux équipements, accompagné plusieurs clubs. Aujourd’hui, certaines pistes d’athlétisme arrivent en fin de vie et devront être rénovées. Pour le rugby, nous travaillons aussi sur un projet, avec un site identifié. Il ne nous appartient pas encore, mais j’espère que ce sera le cas au premier semestre 2027, ce qui nous permettra de construire quelque chose avec le club.
La patinoire fait partie des équipements souvent évoqués. Peut-on imaginer un nouvel équipement ?
Un nouvel équipement, aujourd’hui, c’est hors de question. Nous n’en avons pas les moyens. La patinoire coûte environ 1,5 million d’euros de déficit par an au contribuable. Les recettes ne couvrent pas les dépenses. Un équipement neuf permettrait sans doute de réduire une partie du déficit d’exploitation, comme ce sera le cas pour le centre aqualudique, mais encore faut-il avoir la capacité d’investir. Or une patinoire neuve, c’est environ 15 millions d’euros. Saint-Étienne a renoncé à refaire une patinoire, alors que c’est une ville beaucoup plus grande que Roanne. Nous faisons donc durer cet équipement au maximum, jusqu’au moment où nous ne pourrons peut-être plus financer son fonctionnement.
Le futur centre aqualudique peut-il renforcer la dimension sportive de Roanne ?
Oui, clairement. En matière de natation, nous voulons que l’ASR Natation puisse évoluer dans de bonnes conditions. Le futur centre disposera de bassins homologués pour accueillir des compétitions, avec également la capacité de recevoir du public. Il a été pensé comme le nouveau terrain d’évolution et de compétition pour la natation roannaise. Plus largement, Roanne est déjà reconnue au niveau national comme une ville active et sportive, avec quatre lauriers, ce qui nous place au plus haut niveau de cette distinction. Le centre aqualudique va renforcer cette image. Pour être une ville attractive, il ne suffit pas d’avoir des entreprises et de l’activité économique. Il faut aussi des équipements sportifs modernes, une offre culturelle, des logements de qualité, de l’enseignement, de l’environnement, une ville agréable. Depuis douze ans, nous travaillons sur tous ces leviers pour transformer Roanne et son agglomération. Le sport fait pleinement partie de cette stratégie.
Les grands événements sportifs sont-ils aussi un axe fort de cette politique ?
Oui, il y a une vraie volonté politique. L’Open de tennis, qui reviendra au mois d’octobre, en est un exemple. Nous assumons d’en financer une partie, parce que ce type d’événement est aussi un vecteur de communication pour le territoire. C’était la même logique lorsque nous avons accueilli le Tour de France. Sur ce mandat, nous avons la volonté d’avoir au moins une étape qui passe par Roanne, et nous regardons aussi du côté du Tour de France Femmes. On ne peut pas accueillir tout type de manifestation, mais nous voulons des événements qui ont du sens, qui correspondent à notre territoire et qui permettent de le mettre en valeur. Cette politique nécessite une volonté forte. Elle existe. Je veux d’ailleurs saluer le travail de Jean Cartelier, mon nouvel adjoint aux sports, qui s’est totalement impliqué et qui est très apprécié des clubs, ainsi que celui d’Éric Martin à l’Agglomération sur les sujets liés au sport d’élite.


