Wilfried Olivier : « JE PRÉFÈRE FAIRE GAGNER L’ÉQUIPE QUE DE GAGNER EN INDIVIDUEL »

Sportif du Mois

Le week-end dernier, au Monténégro, l’équipe de France de kendo a décroché son septième titre européen consécutif par équipe. Un record. Au cœur de cet exploit, un Stéphanois : Wilfried Olivier, 35 ans, ceinture noire 6e dan — l’un des grades les plus élevés de la discipline. Celui qui a appris son art sur les hauteurs de Saint-Étienne raconte le sacre, le poids d’être favori, et ce que trente ans de pratique lui ont appris.

Sept titres européens d’affilée, c’est un record. Comment avez-vous vécu ce nouveau sacre ?

Wilfried Olivier : Ça n’a vraiment pas été facile, mais on a réussi à conserver notre titre durant sept championnats d’affilée. C’est énorme, parce que tout le monde nous attend, tout le monde veut nous faire tomber. Réussir à rester au sommet aussi longtemps, c’est ce qui rend ce titre si particulier.

Comment s’est déroulée la finale ?

C’était une rencontre extrêmement tendue. J’étais troisième relayeur. J’ai gagné mon combat 2-0 alors que mes coéquipiers s’inclinaient de leur côté. On s’est retrouvés à égalité de victoires, et c’est au nombre de points qu’on l’a emporté, d’un seul petit point. C’était vraiment la synergie de l’équipe, où chacun a rattrapé l’autre à tour de rôle. Voilà ce qui me rend le plus fier. « Je préfère avoir mis cent fois deux points en finale par équipe et permettre à mon équipe de conserver le titre, que de gagner le titre en individuel.

En individuel, le tournoi a été plus compliqué…

Oui. J’ai perdu en quart de finale, contre un Allemand, sur une action que je pensais gagnante et qui a basculé dans l’autre sens. Quand ça va vite, l’œil humain ne suit pas forcément. Des fois, c’est comme ça : l’arbitrage, des fois c’est pour vous, des fois c’est contre. Mais l’objectif principal, c’était le titre par équipe. Ça, on est allés le chercher. Être favori depuis 2016, c’est un poids ? Forcément. On est devenus les hommes à abattre. Dès que quelqu’un nous met un point, les gens applaudissent à fond. La préparation mentale n’efface jamais tout à fait cette pression. Cette année, j’étais quart-finaliste et j’aurais dû recevoir le trophée du Fighting Spirit. On l’a donné à un autre. C’est le jeu quand tu fais partie des favoris.

Revenons à vous. Comment êtes-vous tombé dans le kendo ?

Presque par hasard, et c’est une histoire bien stéphanoise. J’avais 5 ans. Mes grands-parents habitaient Rochetaillée et passaient devant le dojo du Portail Rouge. J’étais un gamin plein d’énergie, alors ma mère a poussé la porte. Ce n’était ni pour la culture japonaise, ni une vocation. Trente ans plus tard, ça m’a beaucoup cadré, ça m’a apporté de la rigueur, un état d’esprit, de la persévérance. Ça m’a modelé en tant qu’adulte.

En trente ans, qu’est-ce que cet art vous a appris, au-delà du sabre ?

Énormément de choses, et c’est ça qui me fait dire que le kendo est une vraie école de la vie. Le respect, d’abord, érigé en loi : si vous marquez un point et que vous le célébrez, on vous l’annule. J’en ai fait l’amère expérience en novembre, sanctionné pour un simple geste d’humeur. Ça force à rester humble, à respecter l’adversaire en toutes circonstances. Et puis il y a cet esprit famille, propre à notre discipline : le soir, après l’effort, toutes les nations se retrouvent, par-delà les rivalités. On discute, on échange, on rencontre des gens qui viennent de partout. Ça ouvre l’esprit. Dans la vie de tous les jours, ça m’a apporté une rigueur et une façon d’être que je n’aurais jamais eues sans le kendo.

Et maintenant, quelle suite ?

La carrière touche à sa fin. Une deuxième petite-fille arrive en août, et les championnats du monde l’an prochain seront mon dernier grand rendez-vous. J’ai encore un objectif : en 2018, j’avais battu un Coréen ; j’aimerais bien battre un Japonais avant de raccrocher. Ensuite, je veux transmettre, dans mon club stéphanois. Notre génération est plus forte que la précédente, et je veux que la suivante soit plus forte que nous. Pour que Saint-Étienne garde, encore longtemps, une lame dans l’élite européenne.

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